Cafés coréens à Londres: matcha, salt bread et lattes à l’armoise, la nouvelle vague qui rend accro

À Londres, les cafés coréens prennent le pouvoir (et on va en voir partout)
Auteur : Alexis Berthoud
K-pop, K-dramas, skincare, street-food, kimchi: depuis plus d’une décennie, la hallyu (la “vague coréenne”) s’est transformée en obsession mondiale. Et aujourd’hui, elle se lit aussi dans un détail très concret, très quotidien: la montée en puissance des cafés coréens à Londres. Design léché, plats casual dopés au gochujang, boissons chaudes inattendues… et surtout une promesse simple: tu viens une fois, tu reviens trois fois par semaine.
Ce qui cartonne? Des lieux pensés pour traîner toute la journée. C’est “hangout-friendly”, photogénique, et taillé pour TikTok. Mais ce n’est pas une copie carbone de Séoul: les adresses londoniennes ont leur propre ADN, nourri par l’expérience UK de leurs fondateurs. Résultat: une scène K-café locale, vivante, qui évolue vite.
La popularité des cafés coréens grimpe au même moment que le grand retour mondial de BTS.
Dernier exemple en date: Tokkia, ouvert à Covent Garden en décembre, présenté comme le premier “matcha house” à la coréenne à Londres. Au menu: lattes au thé vert et salt bread coréen. La différence avec les spots matcha japonais? Ici, pas de cérémonie, pas de posture. C’est joueur, direct, et assumé.
Le lieu est petit, chaleureux, avec trois stations de matcha en marbre couleur terre cuite, une déco minimaliste et des détails mignons (dont des herbes séchées façon “queue de lapin”). “Tokkia” se traduit grosso modo par “Hey, lapin” en coréen — clin d’œil aux deux lapins de la fondatrice, Sooji Im. Et quand une vidéo Instagram montrant un latte matcha au kaki devient virale, la machine s’emballe. “C’est devenu un peu dingue”, dit-elle.
Tokkia n’est pas seule. Deux autres nouvelles adresses font du bruit:
- Angel Dabang, qui mise sur le café façon dabang (crémeux, au lait concentré) et les kkwabaegi (beignets torsadés).
- Look Left by Yugu, plus expérimental, avec des lattes à l’armoise et des assiettes fusion.
Les deux attirent du monde, et Angel Dabang regarde déjà pour déménager dans plus grand. Traduction: la demande dépasse l’offre, maintenant.
La fondatrice de Tokkia, Sooji Im.
Im le rappelle: cette tendance n’est pas née hier au Royaume-Uni. Elle s’est installée progressivement, et certaines marques ont servi d’accélérateur. Exemple évident: Bunsik, chaîne de street-food (corn dogs coréens, tteokbokki…) arrivée à Londres au printemps 2021, devenue virale très vite, et désormais présente sur sept sites dans la capitale, avec des implantations aussi à Manchester et Bristol.
Autre “pilier” récent: l’enseigne coréenne Compose Coffee, lancée à Busan en 2014 et devenue un mastodonte (plus de 2 600 boutiques en Corée du Sud). Son point de vente à Londres a ouvert au printemps 2024 près de la National Gallery, et a depuis été rebaptisé First Korean Cafe M. Leur force? Des produits très “réseaux sociaux”: mozzarella coin bread (gaufre ronde fourrée au fromage), egg-drop sandwiches, toast bulgogi-avocat, bingsoo (glace pilée), ou encore le dalgona latte (café instantané fouetté sur du lait), devenu iconique pendant la pandémie.
Cette montée en gamme de la bouffe et des boissons coréennes ne sort pas de nulle part. Dès 2009, Séoul a lancé une stratégie de gastro-diplomatie pour pousser la cuisine coréenne à l’international. Objectif: installer le “Hansik” dans les grandes cuisines mondiales, en investissant dans la promotion, la formation de chefs et le marketing à l’étranger. Dans les faits, au Royaume-Uni, ça a d’abord alimenté des restaurants familiaux — “sympas pour un dîner”. Puis est arrivée la phase suivante: des concepts casual, réplicables, ouverts toute la journée. Les cafés sont parfaits pour ça: marge, récurrence, habitudes. Tu peux y passer tous les jours, sans y penser.
Un assortiment de snacks chez Angel Dabang.
Et ce n’est pas qu’une histoire “Corée vs Royaume-Uni”. C’est aussi un shift plus large dans la consommation britannique. La food writer Ruby Tandoh (dans All Consuming: Why We Eat the Way We Eat Now) raconte qu’en 2010 Londres a vu son premier bubble tea shop… et qu’aujourd’hui une dizaine se trouvent à moins de 10 minutes à pied de son adresse préférée. Cette quête de textures “QQ” — rebond dense, style mochi — a repositionné le bubble tea comme un vrai concurrent au règne des coffee shops. Elle parle carrément de “changement générationnel”. Et ça ouvre la porte à tout un univers de textures et de plats: tteokbokki, soupes de nouilles, desserts glacés, etc.
Dans ce contexte, la scène K-café n’est pas juste une expansion de marques: ce sont des modèles différents qui poussent partout.
Angel Dabang joue la carte du petit café à l’ancienne, avec mobilier traditionnel. Inspiré des dabangs, ces vieux coffee houses coréens, le lieu sert du thé vert (Boseong, Jeju), du café au lait concentré, du misugaru (boisson chaude aux céréales grillées) et du ssanghwacha (thé médicinal aux épices et racines comme cannelle, gingembre, jujube, réglisse).
Niveau food: un menu tournant de bunsik (comfort food coréenne) à prix accessibles. Sandwiches au poulet frit, bulgogi ou œuf pour environ 5 € à 7 €; tteokbokki plus costaud autour de 12 € (selon toppings: mozzarella, gimmari, etc.). Les kkwabaegi se déclinent en cannelle-sucre, injeolmi (poudre de haricot grillé) ou crème matcha-chocolat.
Son cofondateur Ben Kim explique qu’ils attirent à la fois des locaux et des Coréens venus de tout le pays. Son constat est simple: le public britannique maîtrise mieux les codes et les goûts coréens qu’avant, donc le marché s’élargit — y compris pour les cafés. Et les entrepreneurs coréens savent faire un truc crucial: rester authentiques tout en s’adaptant au marché local. C’est exactement la recette qui gagne.
Latte chaud à l’armoise chez Look Left by Yugu.
Look Left by Yugu, ouvert en octobre à London Fields, illustre l’agilité du moment. À l’origine, la créatrice de mode Seulbi Oh y tenait une boutique et servait parfois du matcha aux clients. Sauf que… les gens en voulaient plus. Elle a donc rénové et basculé le lieu en vrai concept café avec cuisine. “Beaucoup de clients coréens disent que ça ressemble à Séoul”, explique-t-elle.
Le nom vient de sa ville natale en Corée. Elle mise sur le matcha et une “fusion coréenne” pensée pour surprendre: toasties kimchi-patate douce-fromage au brunch, tiramisu au sésame noir ensuite. Son idée est claire: si tu fais “comme tous les restos coréens de Londres”, tu deviens interchangeable. Donc elle injecte de la nouveauté.
Et la boisson qui fait parler? Le latte à l’armoise (sook), une herbe au profil terreux et végétal, dont la popularité explose aussi grâce à des influenceurs food comme Rollin Lee, qui élargissent l’audience au-delà de la communauté coréenne.
À côté, Tokkia reste plus minimaliste — fidèle à certains matcha houses de Séoul. Tu peux commander matcha coréen ou hojicha (plus noisette, moins umami que certains profils japonais), ou des saisonniers viraux (kaki-matcha, hojicha-cacahuète). Et le fameux salt bread: petit pain beurré-salé, dérivé du shio pan japonais… mais devenu un incontournable version Corée.
Avant Tokkia, Sooji Im avait déjà tenu une maison de thé coréenne spécialisée, Be-oom, qu’elle a fermée l’an dernier. Elle est convaincue que Tokkia colle mieux au moment: “C’est plus grand public, moins niche.” Et elle sait que ça va continuer à bouger vite: en Corée, la culture café change en permanence. “Les Coréens sont très sensibles aux tendances”, dit-elle. Comprendre: si tu veux durer, tu dois bouger plus vite que le feed.
Cette agilité culturelle explique pourquoi le monde consomme la Corée à grande vitesse — musique, séries, beauté, nourriture. Et pourquoi, très bientôt, boire un latte à l’armoise avec un salt bread te paraîtra aussi normal qu’un cappuccino-croissant.
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Foire Aux Questions
Pourquoi les cafés coréens explosent-ils à Londres en ce moment ?
Parce qu’ils combinent trois moteurs: la culture K (hallyu) qui normalise les goûts coréens, des concepts “all-day” parfaits pour les habitudes urbaines, et une viralité massive via TikTok/Instagram (boissons signature, snacks photogéniques, décors design).
C’est quoi la différence entre un café coréen et un coffee shop classique ?
Le café coréen joue souvent sur des boissons signature (matcha/hojicha, dalgona, misugaru, thés médicinaux), des textures (QQ, desserts glacés type bingsoo), et une offre snack salée/sucrée très “comfort” (tteokbokki, egg-drop sandwiches, salt bread). L’expérience est pensée pour rester, revenir, et partager.
Quelles boissons coréennes faut-il absolument tester ?
Le dalgona latte (café fouetté sur lait), le matcha coréen (souvent plus “accessible” dans le style), le hojicha (profil grillé/noisette), le misugaru (céréales grillées), et le ssanghwacha (thé aux racines/épices, très aromatique).
Le “salt bread” coréen, c’est quoi exactement ?
C’est un petit pain/pâtisserie beurré et salé, à la mie moelleuse, inspiré du shio pan japonais mais popularisé et re-codé par la scène café coréenne. Simple, addictif, parfait avec un latte.
Est-ce une tendance passagère ou un vrai changement durable ?
La forme précise des concepts évoluera vite (comme en Corée), mais le fond est durable: publics plus ouverts aux saveurs coréennes, formats de cafés “répétables” au quotidien, et une industrie culturelle K qui continue d’alimenter la demande.













