En F1 2026, la disparition du MGU-H change profondĂ©ment la maniĂšre dont le turbo atteint son rĂ©gime efficace. Ce dĂ©tail technique a des consĂ©quences directes sur la performance en sortie de virage
 mais aussi sur un moment oĂč tout se joue en quelques secondes : le dĂ©part arrĂȘtĂ©.

⚙ Un turbo qui doit compter sur les gaz d’échappement

Sans la possibilitĂ© d’utiliser le MGU-H pour accĂ©lĂ©rer le turbo, il faut Ă  nouveau s’appuyer principalement sur le dĂ©bit des gaz d’échappement pour le mettre en vitesse. Or, pour gĂ©nĂ©rer suffisamment de flux d’échappement, le moteur doit tourner Ă  un rĂ©gime relativement Ă©levĂ©.

ProblĂšme : atteindre ce rĂ©gime et surtout le rendre stable prend un peu de temps. Sur la grille, cela signifie une phase de prĂ©paration plus tendue, car le pilote doit composer avec une montĂ©e en rĂ©gime, une pression de suralimentation qui se construit, puis une stabilisation qui n’est pas instantanĂ©e.

Pourquoi les départs en F1 deviennent beaucoup plus compliqués

🌀 MontĂ©e en rĂ©gime, pression de suralimentation et dĂ©lai de stabilisation

Quand le rĂ©gime moteur augmente, le flux de gaz d’échappement s’intensifie et accĂ©lĂšre la turbine. Mais cette accĂ©lĂ©ration se fait « contre » la pression de suralimentation : pour que l’ensemble atteigne un rĂ©gime cible et se stabilise, il faut un certain dĂ©lai.

Ce dĂ©lai dĂ©pend aussi de paramĂštres concrets propres Ă  chaque concept : la taille rĂ©elle du turbo et la relation entre les capacitĂ©s de la turbine et celles du compresseur. Autrement dit, selon l’architecture choisie, la vitesse Ă  laquelle le turbo se met dans sa fenĂȘtre d’efficacitĂ© peut varier.

🚩 Le vrai piĂšge : lĂącher l’embrayage sans dĂ©clencher un patinage massif

La difficultĂ© ne s’arrĂȘte pas Ă  « avoir le bon rĂ©gime » : elle commence surtout juste aprĂšs. Si l’on relĂąche l’embrayage Ă  un rĂ©gime suffisamment haut pour garder le turbo bien lancĂ©, on risque d’obtenir immĂ©diatement beaucoup trop de couple aux roues
 et donc un patinage excessif.

La solution passe par une gestion plus dĂ©licate de la position d’accĂ©lĂ©rateur au moment oĂč les feux s’allument. La question pratique devient alors : Ă  quel feu faut-il commencer Ă  rĂ©duire l’accĂ©lĂ©rateur pour Ă©viter de noyer les pneus arriĂšre sous le couple, tout en conservant l’élan du turbo ?

⏱ Une fenĂȘtre de rĂ©gime critique entre anti-stall et patinage

Le timing d’embrayage est, lui, dĂ©fini : c’est au moment oĂč les cinq feux s’éteignent. Mais ĂȘtre dans la bonne fenĂȘtre de rĂ©gime Ă  cet instant est crucial.

Il faut disposer d’assez de couple pour Ă©viter de tomber en anti-stall (calage Ă©vitĂ© par le systĂšme), tout en n’en ayant pas trop au point de dĂ©clencher un patinage incontrĂŽlable. Cet Ă©quilibre devient l’un des points clĂ©s du dĂ©part en 2026.

⚡ Conserver la vitesse du turbo
 puis attendre le couple Ă©lectrique

RĂ©duire l’accĂ©lĂ©rateur trop tĂŽt ferait chuter la vitesse du turbo, ce qui pĂ©naliserait immĂ©diatement la relance. À l’inverse, rĂ©duire trop tard augmente le risque de patinage. Il faut donc lever suffisamment tard pour maintenir « la plupart » de la vitesse du turbo, rĂ©ussir le lancement avec un patinage minimal, puis rĂ©accĂ©lĂ©rer au plus vite pour rĂ©cupĂ©rer tout le couple que le V6 turbo peut fournir.

Ensuite, un deuxiĂšme Ă©vĂ©nement arrive dans la sĂ©quence d’accĂ©lĂ©ration : le retour du couple Ă©lectrique. Celui-ci n’intervient qu’à partir de 50 km/h (31 mph), vitesse Ă  partir de laquelle il devient possible de le dĂ©ployer. Cela ajoute une marche supplĂ©mentaire dans la gestion du dĂ©part : il faut survivre aux premiers mĂštres sur le seul couple thermique/turbo avant de rĂ©cupĂ©rer l’appui Ă©lectrique.

🔧 Dimensionner le turbo : idĂ©al au dĂ©part, ou idĂ©al en ligne droite ?

Si l’on dimensionnait le turbo uniquement pour les dĂ©parts, on opterait pour un turbo plus petit, travaillant prĂšs de la limite de rĂ©gime. Ce choix pourrait aussi bien convenir Ă  un circuit comme Monaco.

Mais sur des circuits plus sensibles Ă  la puissance maximale — comme Monza ou Bakou — on voudrait probablement aller dans l’autre direction. Ce type de dĂ©cision ne se fait pas « au feeling » : il provient d’un volume gigantesque d’études en simulation.

📈 Jusqu’à 150 000 tr/min
 mais probablement moins au dĂ©part

Les motoristes savent prĂ©cisĂ©ment combien de temps il faut Ă  leurs turbos pour atteindre un rĂ©gime efficace. La limite est de 150 000 tr/min, mais pour une sĂ©quence de dĂ©part, il ne devrait pas ĂȘtre nĂ©cessaire d’aller aussi haut. Une valeur de l’ordre de 100 000 tr/min ne serait pas surprenante dans ce contexte.

đŸŒȘ Au fond, on parle de turbo lag

Ce qui est dĂ©crit ici revient Ă  un phĂ©nomĂšne bien connu : le turbo lag. Il explique aussi pourquoi les pilotes utilisent des rĂ©gimes moteur plus Ă©levĂ©s en piste : oui, cela peut aider sur la rĂ©ponse du turbo, mais cela contribue Ă©galement Ă  la rĂ©cupĂ©ration d’énergie.

En effet, plus le rĂ©gime moteur est Ă©levĂ©, plus le MGU-K tourne vite, et plus il peut envoyer d’énergie vers la batterie.

🧠 Une solution thĂ©orique : un moteur Ă©lectrique sur le turbo

Il existe un remÚde relativement simple sur le papier : placer un moteur électrique sur le turbo pour le faire monter en régime à la demande. Cela réduirait le turbo lag en sortie de virage comme au départ sur la grille.

Et avec un systĂšme encore plus poussĂ©, on pourrait mĂȘme maintenir le turbo proche de son rĂ©gime maximal en utilisant ce moteur « Ă  l’envers » afin de recharger la batterie. Mais une telle approche pourrait ĂȘtre jugĂ©e trop complexe, mĂȘme pour la F1 moderne.

🏁 Conclusion

En 2026, le dĂ©part arrĂȘtĂ© devient un exercice d’équilibriste : stabiliser le turbo via les gaz d’échappement, doser l’accĂ©lĂ©rateur au bon feu, Ă©viter Ă  la fois l’anti-stall et le patinage, puis composer avec l’arrivĂ©e du couple Ă©lectrique Ă  50 km/h.

Si ces contraintes rendent les dĂ©parts plus imprĂ©visibles, elles ouvrent aussi une nouvelle Ăšre d’ingĂ©nierie et de pilotage, oĂč la maĂźtrise des transitions de couple pourrait faire la diffĂ©rence — et dessiner l’avenir des dĂ©parts en Formule 1.

Foire aux Questions

❓ Pourquoi la suppression du MGU-H complique-t-elle les dĂ©parts en F1 2026 ?

Sans MGU-H, on ne peut plus accĂ©lĂ©rer le turbo « artificiellement ». Il faut donc compter davantage sur le dĂ©bit des gaz d’échappement, ce qui impose un rĂ©gime moteur Ă©levĂ© et un temps de stabilisation avant le lĂącher d’embrayage.

❓ Pourquoi faut-il un rĂ©gime moteur Ă©levĂ© sur la grille ?

Parce que le turbo a besoin d’un flux d’échappement important pour monter en vitesse. Un rĂ©gime Ă©levĂ© augmente ce flux, mais il faut ensuite le temps que la suralimentation et le rĂ©gime du turbo se stabilisent.

❓ Quel est le risque si on lĂąche l’embrayage Ă  trop haut rĂ©gime ?

Le risque principal est un patinage excessif : trop de couple arrive trop tĂŽt aux roues arriĂšre. D’oĂč la nĂ©cessitĂ© de rĂ©duire finement l’accĂ©lĂ©rateur au moment des feux, tout en essayant de conserver la vitesse du turbo.

❓ Pourquoi parle-t-on d’une fenĂȘtre critique entre anti-stall et patinage ?

Au moment oĂč les feux s’éteignent, il faut assez de couple pour Ă©viter que le moteur ne tombe trop bas (dĂ©clenchant l’anti-stall), mais pas trop pour ne pas faire patiner les pneus. Cette zone de fonctionnement devient dĂ©terminante pour rĂ©ussir l’envol.

❓ À quel moment le couple Ă©lectrique revient-il lors d’un dĂ©part ?

Le couple Ă©lectrique est disponible Ă  partir de 50 km/h. Le pilote doit donc gĂ©rer les tout premiers mĂštres sans cet apport, puis exploiter ensuite le « coup de boost » Ă©lectrique lorsqu’il devient dĂ©ployable.

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