đŠ DĂ©parts F1 2026 : la crainte dâune « recette pour le dĂ©sastre »⊠et les pistes pour Ă©viter le chaos

Ă lâapproche de la saison, plusieurs pilotes et responsables dâĂ©curies sâinquiĂštent dâun point trĂšs concret : la procĂ©dure de dĂ©part des monoplaces 2026 pourrait transformer les premiers mĂštres dâune course en zone Ă haut risque.
En cause, une combinaison dâĂ©lĂ©ments techniques et de procĂ©dure : des dĂ©parts plus complexes, la nĂ©cessitĂ© de prĂ©parer le turbo, et le danger que des erreurs se traduisent non pas par quelques mĂštres perdus⊠mais par des voitures immobilisĂ©es sur la grille, avec un potentiel accident Ă la clĂ©.
đ„ Une procĂ©dure de dĂ©part plus piĂ©geuse quâavant
Le problĂšme ne se limite pas Ă un simple ratĂ© de rĂ©action ou Ă un peu de patinage. Oscar Piastri estime que la F1 sâexpose Ă une vĂ©ritable « recette pour le dĂ©sastre » si rien nâĂ©volue dans les procĂ©dures.
Une partie des inquiĂ©tudes vient de la complexitĂ© du dĂ©part : il peut ĂȘtre nĂ©cessaire de maintenir le moteur dans les tours pendant jusquâĂ 10 secondes pour mettre le turbo dans la bonne plage de fonctionnement. Or, si quelque chose se passe mal au moment crucial, le rĂ©sultat peut ĂȘtre brutal sur le plan sportif⊠et dangereux sur le plan sĂ©curitĂ©.
Piastri insiste sur le changement de nature du risque : lâan dernier, la diffĂ©rence entre un bon et un mauvais dĂ©part pouvait se rĂ©sumer Ă un peu de patinage ou un temps de rĂ©action moins bon. DĂ©sormais, il craint un scĂ©nario plus proche de la F2, oĂč lâon frĂŽle lâanti-calage : on ne perd pas seulement « cinq mĂštres », mais potentiellement « six ou sept positions » si le dĂ©part ne se passe pas bien.
Ă ces difficultĂ©s sâajoute la question de lâappui aĂ©rodynamique. Les voitures pourraient se retrouver avec moins dâappui au moment du lĂącher dâembrayage si elles utilisent un mode âligne droiteâ. Piastri rĂ©sume lâimage : un paquet de 22 voitures avec « quelques centaines de points » dâappui en moins au dĂ©part, cela ressemble Ă une situation Ă haut risque.
đ§ Le casse-tĂȘte du turbo au moment oĂč les feux sâĂ©teignent
George Russell reconnaĂźt que les dĂ©parts sont « difficiles » et quâils constituent un « cauchemar » Ă gĂ©rer pour les ingĂ©nieurs.
Il met surtout en avant un Ă©cart majeur entre les dĂ©parts dâessais et la rĂ©alitĂ© dâun Grand Prix. Lors des essais, les pilotes peuvent dĂ©clencher leur procĂ©dure de lancement uniquement lorsquâils estiment que le turbo est dans une fenĂȘtre optimale. En course, on doit partir au moment prĂ©cis oĂč les feux sâĂ©teignent â pas au moment oĂč le turbo est âparfaitement prĂȘtâ. Cette contrainte de synchronisation augmente mĂ©caniquement le risque dâerreur.
đ ïž Des solutions possibles⊠sans modifier la technologie
MalgrĂ© la complexitĂ© des voitures 2026 au dĂ©part, les pistes Ă©voquĂ©es ne passeraient pas par une refonte technique complĂšte. Le cĆur du problĂšme est surtout une affaire de timing : sur la grille, les pilotes risquent dâĂȘtre pressĂ©s pour atteindre la bonne pression de suralimentation, ce qui peut conduire Ă des erreurs ou Ă un manque de temps pour stabiliser la procĂ©dure.
La situation serait encore plus délicate pour les pilotes en fond de grille, qui disposent en général de moins de temps une fois positionnés dans leur emplacement avant le lancement de la séquence de départ.
Le pilote Haas Ollie Bearman souligne Ă quel point lâexercice est « sur le fil du rasoir » : tout se joue Ă quelques millisecondes. Selon lui, une avance ou un retard dâune demi-seconde peut suffire Ă faire rater la procĂ©dure, et lâirrĂ©gularitĂ© observĂ©e lors des dĂ©parts dâentraĂźnement est « un peu inquiĂ©tante ».
â±ïž Piste n°1 : imposer un dĂ©lai minimal avant lâallumage des feux
Une premiĂšre solution serait dâimposer un temps minimum entre lâarrivĂ©e de la derniĂšre voiture sur la grille et le lancement de la sĂ©quence des feux. Lâobjectif : garantir Ă tous davantage de marge pour prĂ©parer correctement la mise en action du turbo, et rĂ©duire le risque de voitures piĂ©gĂ©es Ă lâarrĂȘt.
đ Piste n°2 : autoriser lâĂ©nergie Ă©lectrique dĂšs le dĂ©part
Une autre option consisterait Ă permettre lâutilisation de la batterie au moment du dĂ©part pour combler un creux de puissance liĂ© au temps de rĂ©ponse du turbo. Ă lâheure actuelle, lâutilisation est interdite sous 50 km/h aprĂšs le dĂ©part. Une adaptation de cette rĂšgle pourrait aider Ă rendre les dĂ©parts plus rĂ©guliers.
Ces solutions auraient lâavantage dâĂȘtre simples Ă mettre en place et de ne pas imposer de modifications matĂ©rielles. Mais leur validation politique pourrait sâavĂ©rer compliquĂ©e.
đïž Le facteur politique et le prĂ©cĂ©dent dâun refus
LâĂ©tĂ© dernier, une proposition visant Ă retarder lâallumage des feux a Ă©tĂ© rejetĂ©e. Cette idĂ©e visait prĂ©cisĂ©ment Ă attĂ©nuer le risque de voitures arrĂȘtĂ©es sur la grille.
Ce refus sâexplique notamment par la position de Ferrari. Son directeur, Fred Vasseur, avait alertĂ© plusieurs mois avant sur la nĂ©cessitĂ© dâun changement, sans ĂȘtre suivi. LâĂ©quipe a alors conçu son concept moteur autour dâune sĂ©quence de dĂ©part courte, afin de ne pas dĂ©pendre dâune mise en pression du turbo trop longue.
Dans ce contexte, lorsque dâautres ont ensuite rĂ©clamĂ© un allongement de la procĂ©dure, Vasseur a estimĂ© ne pas avoir Ă soutenir une modification susceptible dâavantager ceux qui nâavaient pas intĂ©grĂ© ces contraintes dĂšs le dĂ©part.
Steve Nielsen, directeur gĂ©nĂ©ral dâAlpine, explique que ce nâest quâen observant les dĂ©parts dâessais sur les voitures rĂ©elles Ă Barcelone quâil a pris conscience du problĂšme potentiel : ces longues phases de rĂ©gime Ă©levĂ© avant le dĂ©part ressemblent Ă des âprĂ©-dĂ©partsâ, mais correspondent en rĂ©alitĂ© Ă la construction de la pression de turbo.
Il souligne aussi un point trĂšs concret : la procĂ©dure est trĂšs diffĂ©rente entre le poleman et le pilote qualifiĂ© 22e, ce qui renforce lâidĂ©e quâun ajustement pourrait sâavĂ©rer nĂ©cessaire.
Andrea Stella (McLaren) se dit trĂšs conscient des considĂ©rations politiques liĂ©es Ă tout changement de rĂšgles. Il estime toutefois que lâenjeu dĂ©passe la compĂ©tition : « câest un intĂ©rĂȘt plus grand que tout intĂ©rĂȘt compĂ©titif », appelant Ă©quipes et fĂ©dĂ©ration Ă agir avec responsabilitĂ© sur ce qui est nĂ©cessaire pour la procĂ©dure de dĂ©part. Il rappelle Ă©galement avoir demandĂ© une action sur plusieurs prĂ©occupations avant lâouverture de saison, dont les dĂ©parts, le lift and coast et des questions liĂ©es aux dĂ©passements.
Fait notable : mĂȘme des Ă©quipes clientes de Ferrari se disent favorables Ă des ajustements, alors quâelles pourraient thĂ©oriquement en tirer bĂ©nĂ©fice. Le patron de Haas, Ayao Komatsu, rappelle que le sujet existait dĂ©jĂ lâan passĂ©, mais que personne ne savait exactement Ă quoi sâattendre. Pour lui, lâessentiel est dâavoir des rĂšgles permettant Ă chacun de rĂ©aliser un dĂ©part correct et dâassurer une course ânormaleâ.
đ§Ș Le test de BahreĂŻn : une image trompeuse dâun dĂ©part ratĂ©
Le dĂ©bat sĂ©curitĂ© a Ă©tĂ© ravivĂ© par des images dâun dĂ©part dâessai en apparence chaotique en fin dâessais Ă BahreĂŻn, lors de la session de vendredi.
Sept voitures ont pris part Ă une sĂ©quence de dĂ©part, et lâenchaĂźnement a Ă©tĂ© loin dâĂȘtre fluide. Franco Colapinto (Alpine) a frĂŽlĂ© lâaccident en se plaçant sur son emplacement, surpris alors quâil tentait de chauffer ses pneus arriĂšre.
Au moment oĂč les feux se sont Ă©teints, Piastri, sur la premiĂšre ligne, nâest pas parti du tout, et seule une partie des voitures derriĂšre sâest Ă©lancĂ©e.
Mais cette scĂšne ne reflĂ©tait pas nĂ©cessairement une incapacitĂ© technique des voitures Ă dĂ©marrer correctement. Selon les explications donnĂ©es ensuite, il sâagissait surtout dâun problĂšme de procĂ©dure : les pilotes nâĂ©taient pas censĂ©s sâĂ©lancer tant que la voiture devant eux nâavait pas bougĂ©, afin de rĂ©duire le risque dâaccrochage. Certains ont respectĂ© cette consigne, dâautres non.
Piastri indique avoir reçu lâinstruction dâattendre le mouvement de la voiture qui le prĂ©cĂ©dait, et affirme que ce ratĂ© nâavait « rien Ă voir avec les groupes propulseurs ».
đ Conclusion đ
Entre contraintes de suralimentation, gestion du timing sur la grille et variations de procĂ©dure selon la position, les dĂ©parts 2026 concentrent dĂ©jĂ une tension rare avant mĂȘme le premier Grand Prix. Les solutions Ă©voquĂ©es paraissent simples sur le papier, mais leur adoption dĂ©pendra dâun Ă©quilibre entre sĂ©curitĂ©, Ă©quitĂ© sportive et volontĂ© politique.
Une chose est sĂ»re : si la discipline trouve la bonne formule, les premiers mĂštres de 2026 pourraient devenir non pas un piĂšge⊠mais une dĂ©monstration de maĂźtrise et dâĂ©volution collective vers un futur plus sĂ»r.
Foire aux Questions
Pourquoi le turbo complique-t-il les départs en F1 2026 ?
Parce que les pilotes peuvent devoir maintenir le moteur dans les tours pendant plusieurs secondes pour placer le turbo dans une plage de fonctionnement idĂ©ale. En course, le dĂ©part doit se faire Ă lâextinction des feux, ce qui laisse moins de libertĂ© pour attendre âla bonne fenĂȘtreâ.
Quel est le risque principal évoqué par les pilotes ?
Au-delĂ dâun dĂ©part simplement âmoyenâ, la crainte est de voir des voitures rester immobilisĂ©es sur la grille si la procĂ©dure se dĂ©rĂšgle, ce qui augmente fortement le risque dâaccident au milieu dâun peloton compact.
Pourquoi parle-t-on dâun manque dâappui au dĂ©part ?
Il est question de lâutilisation dâun mode âligne droiteâ, susceptible de rĂ©duire lâappui aĂ©rodynamique. Un peloton de 22 voitures avec moins dâappui au moment du dĂ©part est perçu comme plus dĂ©licat Ă contrĂŽler.
Quelles solutions sont envisagées sans changer les voitures ?
Deux idĂ©es ressortent : imposer un dĂ©lai minimal entre lâarrivĂ©e de la derniĂšre voiture sur la grille et la sĂ©quence des feux, et autoriser lâutilisation de lâĂ©nergie batterie dĂšs le dĂ©part pour compenser un Ă©ventuel trou de puissance liĂ© au turbo.
Le départ raté en essais à Bahreïn prouve-t-il que les voitures ne peuvent pas démarrer ?
Pas forcĂ©ment. LâĂ©pisode est prĂ©sentĂ© comme une confusion de procĂ©dure : les pilotes devaient attendre que la voiture devant bouge avant de partir. Certains ont suivi la consigne, dâautres non, ce qui a donnĂ© une impression de chaos sans que cela soit attribuĂ© Ă un problĂšme technique des groupes propulseurs.














