Trois journĂ©es d’essais Ă  BahreĂŻn ont offert des heures d’observation au plus prĂšs de la piste pour jauger la nouvelle gĂ©nĂ©ration de monoplaces de Formule 1 2026.

Voici une premiĂšre lecture, voiture par voiture, de ce qui a Ă©tĂ© vu Ă  travers plusieurs relais et depuis diffĂ©rents virages : comportement au freinage, stabilitĂ© Ă  l’inscription, motricitĂ©, et impact des choix liĂ©s au turbo et Ă  la rĂ©cupĂ©ration d’énergie.

Notre verdict au bord de la piste sur chaque voiture de F1 2026 jusqu’ici

🔮 Ferrari : une auto rarement “posĂ©e”, surtout dans les mains d’Hamilton

La Ferrari n’a jamais vraiment donnĂ© l’impression d’ĂȘtre la voiture la plus “plantĂ©e”, en particulier lorsque Lewis Hamilton Ă©tait au volant. Vendredi matin, la comparaison entre son meilleur tour et celui de George Russell (rĂ©alisĂ©s Ă  quelques minutes d’intervalle) Ă©tait parlante : l’écart visuel en stabilitĂ© sautait aux yeux dans le droite de T6, au milieu des enchaĂźnements rapides, puis jusqu’à T8.

Hamilton a dĂ©crit ces voitures comme pouvant ressembler Ă  du « rallying » par moments, et cela se voit davantage dans ses mains que dans celles de Charles Leclerc. Depuis le bord de piste, Hamilton semblait subir plus de glisse de l’arriĂšre : parfois comme consĂ©quence d’une volontĂ© de “charger” davantage l’avant Ă  l’entrĂ©e, parfois comme le signe d’une instabilitĂ© arriĂšre persistante.

Autre particularitĂ© notable : les voitures motorisĂ©es Ferrari semblent devoir rester en deuxiĂšme vitesse lĂ  oĂč d’autres descendent en premiĂšre, afin de maintenir la vitesse du turbo. Cela reflĂšte en partie ce qui est considĂ©rĂ© comme un turbo plus petit cĂŽtĂ© Ferrari, mais aussi le fait qu’un rĂ©trogradage supplĂ©mentaire paraĂźt trop dĂ©stabilisant. Leclerc a essayĂ© une fois : l’instabilitĂ© observĂ©e a semblĂ© le dissuader de recommencer.

âšȘ Audi : gros dĂ©sordre au freinage au dĂ©but, puis un plafond “fond de milieu”

L’Audi s’est montrĂ©e monstrueusement difficile au freinage en dĂ©but d’essais. Les deux pilotes ont visiblement luttĂ© : nĂ©cessitĂ© de rĂ©trograder trĂšs bas dans les portions lentes pour “faire travailler” le turbo, puis difficultĂ© Ă  remettre la puissance en sortie malgrĂ© tout.

Reste Ă  dĂ©terminer si cette contrainte est la cause principale de l’instabilitĂ© Ă  la mise en appui observĂ©e par moments, ou si elle ne fait que l’amplifier. La situation s’est amĂ©liorĂ©e au fil des jours, mais la voiture n’a jamais vraiment dĂ©passĂ© une impression situĂ©e vers l’arriĂšre du paquet du milieu de grille.

On a aussi perçu des indices d’une plateforme mĂ©canique relativement plus souple que certaines rivales : pas forcĂ©ment un dĂ©faut en soi, plutĂŽt une caractĂ©ristique Ă©mergente de ces F1 2026, globalement moins “posĂ©es bas et raides” que l’an dernier.

đŸ”” Red Bull : rĂ©trogradages exemplaires, mais quelques alertes d’instabilitĂ©

La Red Bull a impressionnĂ© dĂšs la premiĂšre journĂ©e, visuellement et mĂȘme Ă  l’oreille : sa capacitĂ© Ă  descendre tout en bas de la boĂźte jusqu’à la premiĂšre vitesse, avec une fluiditĂ© remarquable, a mis en Ă©vidence un package dĂ©jĂ  trĂšs prĂ©parĂ© et bien “triĂ©â€.

Tout n’a pas Ă©tĂ© parfait pour autant. Max Verstappen a sauvĂ© une grosse glisse Ă  T10 le premier jour. Le troisiĂšme jour, il est arrivĂ© tellement vite qu’il ne pouvait pas tenir le virage : il a simplement remis les gaz trĂšs profond dans la zone de dĂ©gagement, et a continuĂ© Ă  attaquer. On a aussi vu des phases oĂč une instabilitĂ© de l’arriĂšre Ă  l’entrĂ©e de virage imposait de “reprendre” la voiture en plusieurs temps.

Une autre vue du verdict au bord de la piste sur les F1 2026

Point encourageant : Isack Hadjar a semblĂ© bien s’adapter. Sans paraĂźtre souffrir beaucoup plus que les autres, il semblait seulement un peu plus exposĂ© Ă  l’instabilitĂ© arriĂšre que demande cette voiture, tout en ajustant son pilotage au fil des relais : ses stints devenaient plus propres et moins “agitĂ©s”.

đŸ”· Alpine : un cran de grip en moins, mais une identitĂ© trĂšs “milieu de grille”

L’Alpine paraissait gĂ©nĂ©ralement un peu derriĂšre le groupe de quatre voitures de tĂȘte en termes d’adhĂ©rence. On voyait souvent Pierre Gasly et Franco Colapinto devoir se montrer lĂ©gĂšrement plus prudents Ă  la remise des gaz pour garder l’arriĂšre en ligne.

Par sĂ©quences, elle semblait trĂšs bien rĂ©glĂ©e ; Ă  d’autres moments, elle donnait l’impression de manquer du grip nĂ©cessaire pour exĂ©cuter ce que le pilote cherchait Ă  faire. L’exemple le plus parlant : Colapinto obligĂ© d’abandonner une entrĂ©e bien trop optimiste Ă  T11.

L’impression gĂ©nĂ©rale : la plus “milieu de grille” des voitures du milieu de grille — ce qui n’a rien d’une critique. Et sur la rĂ©gularitĂ©, elle semblait avoir un avantage sur la Williams.

⚫ Mercedes : une force tranquille qui se rĂ©vĂšle surtout sur la fin

À mesure que l’essai avançait, une chose frappait en observant la Mercedes : rien ne frappait vraiment. Et c’est justement un compliment. MĂȘme quand les chronos Ă©taient rapides, elle paraissait rarement aussi dĂ©licate que beaucoup d’autres.

À T10, elle n’avait pas la signature spectaculaire de la Red Bull, qui descend les rapports de façon plus agressive ou affiche davantage de rotation. Mais la Mercedes avait l’air propre, saine, et a bien progressĂ© aprĂšs un premier jour parfois plus piĂ©geux, oĂč ses pilotes ont eu quelques moments (comme beaucoup).

C’est en fin d’essais qu’elle a le plus marquĂ© les esprits. ObservĂ©e Ă  T11 lors d’un long relais tardif de Kimi Antonelli, l’impression de confiance et d’attaque Ă©tait nette : il Ă©largissait le virage plus que tout le monde en utilisant le vibreur extĂ©rieur, puis s’engageait fort et “d’un bloc”. La voiture suivait, se tenant bien jusqu’à la sortie — ce qui n’était pas vrai pour certaines rivales.

🟩 Cadillac : comportement sain, mais un dĂ©ficit de charge Ă©vident

La Cadillac a visiblement souffert par manque d’adhĂ©rence face Ă  la majoritĂ© des autres. Elle donnait aussi l’impression d’ĂȘtre un peu moins “compliant” que l’idĂ©al, mais le sentiment dominant restait celui d’une voiture globalement correcte dans ses rĂ©actions
 simplement en dĂ©ficit de grip.

À T4 (droite), il arrivait que les pilotes doivent corriger parce qu’un train ou l’autre “lĂąchait”. Et elle semblait parmi les plus sujettes au blocage de l’avant Ă  l’approche du dĂ©licat T10 — Ă  l’exception de l’Aston Martin.

La prioritĂ© est claire : il lui faut plus de charge aĂ©rodynamique. En ajouter pourrait aussi mettre en lumiĂšre certaines limites d’équilibre, mais l’ensemble ressemble Ă  une voiture destinĂ©e Ă  une respectabilitĂ© de fond de grille — ce qui serait un Ă©norme succĂšs pour une nouvelle Ă©quipe.

🟠 McLaren : du brillant
 et du dĂ©sordre, selon les moments

La McLaren a Ă©tĂ© difficile Ă  “lire” : elle pouvait paraĂźtre excellente, puis soudain trĂšs remuante. Certaines attaques de Lando Norris le deuxiĂšme jour — en particulier Ă  T10, en tombant jusqu’à la premiĂšre — Ă©taient impressionnantes.

Mais la voiture semblait aussi parfois indocile. CoĂŻncidence ou non (les charges d’essence pouvant Ă©normĂ©ment influencer ce type de comportement), cette indiscipline paraissait plus frĂ©quente avec Oscar Piastri : voiture plus mobile au freinage, blocages de l’avant, et arriĂšre qui se dĂ©robe Ă  plus haute vitesse.

MĂȘme lors de la derniĂšre aprĂšs-midi, Piastri a connu de l’inconstance Ă  T10, avec une rĂ©action variable Ă  l’inscription : parfois la voiture Ă©largissait plus que prĂ©vu, parfois elle rĂ©pondait plus que ce qu’il aurait voulu.

Tendance commune aux deux pilotes : un moteur qui prend les tours de maniĂšre agressive en phase de traction, avec du patinage jusqu’en troisiĂšme et quatriĂšme. Cela colle avec l’idĂ©e d’une Ă©quipe encore un peu moins affĂ»tĂ©e sur la charge et le dĂ©ploiement de la batterie que l’équipe d’usine.

âšȘ Haas : discrĂšte, solide, mais logiquement plus Ă  la peine sur longs relais

On a l’habitude de voir Haas rester en retrait en essais, en privilĂ©giant le travail Ă  forte charge d’essence. C’est probablement la voiture qui a attirĂ© le moins l’attention Ă  BahreĂŻn — au sens positif : elle semblait en avoir moins, ou alors des moments plus petits et mieux contenus.

Sans appui de rĂ©fĂ©rence, les choses paraissaient forcĂ©ment plus ardues sur les relais longs. Jeudi soir, Ollie Bearman semblait commencer Ă  lutter avec du sous-virage, qui s’est transformĂ© en instabilitĂ© de l’arriĂšre — probablement en cherchant Ă  compenser via des ajustements de rĂ©glages de freinage.

MalgrĂ© tout, l’ensemble apparaĂźt comme une voiture saine et “simplement correcte”, qui tourne proprement et dont, comme l’a rĂ©sumĂ© Bearman, « la facilitĂ© de pilotage a Ă©tĂ© bonne dĂšs le dĂ©but ».

🟱 Aston Martin : beaucoup de blocages et de glisses, et une Ă©nergie Ă  gĂ©rer

Une grande partie des notes au bord de piste concernant Fernando Alonso et Lance Stroll se rĂ©sume Ă  : blocage ou glisse. Trois blocages en quatre tours pour Stroll le premier jour ; quatre tours d’affilĂ©e pour Alonso le deuxiĂšme, incluant ce qui ressemblait au plus gros blocage vu Ă  T10. Quand cela a Ă©tĂ© Ă©voquĂ© le vendredi, la rĂ©action d’Alonso — un sourire du type “oui, c’est exactement ça” — en disait long.

C’est une voiture qui semble souvent difficile Ă  conduire ; et quand elle ne l’est pas, elle paraĂźt lente — peut-ĂȘtre parce que les pilotes doivent rester trĂšs retenus, peut-ĂȘtre parce que la capacitĂ© de rĂ©cupĂ©ration d’énergie du moteur Honda impose davantage d’économie.

Il est aussi possible que le moteur et la nouvelle boĂźte soient peu Ă  l’aise avec les rĂ©trogradages trĂšs agressifs exigĂ©s par cette formule Ă©nergĂ©tique, et que le package manque encore de raffinement : blocage de l’avant qui se transforme rapidement en blocage de l’arriĂšre, soit via les ajustements de rĂ©partition de freinage / frein moteur, soit parce que les exigences de rĂ©cupĂ©ration d’énergie changent d’un tour Ă  l’autre.

Au final, cela renvoie surtout Ă  une voiture moins comprise, Ă  ce stade, que celles de ses rivales.

🔮âšȘ Racing Bulls : une auto perturbĂ©e par le comportement du groupe propulseur

La Racing Bulls semblait lutter plus que la plupart avec l’impact du comportement du groupe propulseur sur la dynamique de la voiture. Dans le lent comme dans le rapide, il y avait des moments oĂč le grip attendu n’était tout simplement pas lĂ .

Vendredi matin, Liam Lawson a par exemple vu l’arriĂšre ne pas “tenir” comme prĂ©vu dans les courbes rapides, finissant dans la zone de dĂ©gagement aprĂšs l’incident.

La voiture pouvait ĂȘtre erratique Ă  l’inscription, et souvent piĂ©geuse lorsqu’il fallait remettre la puissance dans les zones de traction aprĂšs des virages lents. Mais ces problĂšmes semblent parfois commencer avant mĂȘme le point de corde, au regard de l’inconstance Ă  l’approche et de la tendance Ă  arriver tantĂŽt sous-rotĂ©e, tantĂŽt sur-rotĂ©e.

đŸ”” Williams : beaucoup de tours, mais une voiture encore Ă  “dĂ©verrouiller”

Le nombre de passages de la Williams était plus impressionnant que la maniÚre : elle a accumulé les kilomÚtres, dominant les feuilles de kilométrage sur cet essai.

Mais elle n’a pas laissĂ© une impression de rĂ©fĂ©rence au milieu de grille. Par moments, elle paraissait plutĂŽt propre ; Ă  d’autres, elle semblait difficile Ă  ralentir. Il y a mĂȘme eu un relais oĂč Carlos Sainz n’avait clairement pas l’air de passer un bon moment.

Le fort rake (assiette) pourrait l’obliger Ă  rouler un peu plus raide, avec les problĂšmes que cela entraĂźne. Ce point pourrait se corriger Ă  mesure que l’équipe rattrape le travail de rĂ©glages aprĂšs un dĂ©but de semaine retardĂ©.

Le bilan reste honorable pour une voiture qui a commencé la semaine avec du retard sur les autres, mais la marge de progression paraßt importante.

✹ Conclusion : une F1 2026 dĂ©jĂ  riche en personnalitĂ©s

Ces premiers tours de roues Ă  BahreĂŻn montrent Ă  quel point la F1 2026 peut produire des comportements variĂ©s : certaines voitures semblent dĂ©jĂ  “propres” et faciles Ă  exploiter, d’autres trahissent des compromis autour du freinage, du rĂ©trogradage extrĂȘme, du turbo et de l’énergie.

Les essais ne livrent pas de verdict dĂ©finitif, mais ils dessinent des directions techniques claires. La suite se jouera sur la comprĂ©hension fine de ces nouvelles contraintes — et c’est souvent lĂ  que naissent les plus belles progressions.

Foire aux Questions

Pourquoi certaines voitures évitent-elles de descendre en premiÚre vitesse ?

Dans ces configurations, descendre trĂšs bas dans les rapports peut aider Ă  maintenir le turbo “en vitesse” et Ă  rĂ©pondre aux exigences de la chaĂźne Ă©nergĂ©tique. Mais un rĂ©trogradage supplĂ©mentaire peut aussi dĂ©stabiliser la voiture Ă  l’entrĂ©e de virage, ce qui pousse certains pilotes Ă  rester en deuxiĂšme.

Qu’est-ce que l’« instabilitĂ© Ă  l’entrĂ©e » dont on parle souvent ?

C’est une perte de stabilitĂ© quand le pilote relĂąche les freins et commence Ă  tourner. Elle peut venir d’un arriĂšre trop mobile, d’un transfert de charge dĂ©licat, ou d’interactions entre freinage, rĂ©trogradages et rĂ©cupĂ©ration d’énergie.

Pourquoi voit-on des blocages de roues plus fréquents sur certaines voitures ?

Un blocage arrive quand l’adhĂ©rence disponible ne suffit pas Ă  encaisser la demande de dĂ©cĂ©lĂ©ration. Un Ă©quilibre fragile, une voiture difficile Ă  “poser” Ă  l’entrĂ©e, ou des variations liĂ©es Ă  l’énergie rĂ©cupĂ©rĂ©e peuvent rendre le phĂ©nomĂšne plus prĂ©sent, comme cela a Ă©tĂ© observĂ© notamment sur Aston Martin (et aussi Cadillac Ă  T10).

Que signifie une « plateforme mécanique plus souple » ?

Cela dĂ©crit une voiture qui bouge davantage sur ses suspensions, avec une attitude moins rigide. Ce n’est pas automatiquement nĂ©gatif : cela peut aider sur les bosses et les vibreurs, mais cela peut aussi rendre certaines phases (freinage, transitions) moins nettes si l’équilibre global n’est pas parfaitement maĂźtrisĂ©.

Pourquoi la gestion de la batterie et de la rĂ©cupĂ©ration d’énergie influence-t-elle la motricitĂ© ?

Si la recharge et le dĂ©ploiement ne sont pas parfaitement harmonisĂ©s, la dĂ©livrance de puissance peut devenir plus agressive en sortie de virage, augmentant le patinage. C’est exactement le type de signature observĂ©e sur McLaren, avec des montĂ©es en rĂ©gime et du wheelspin jusqu’en troisiĂšme et quatriĂšme.

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