Formula E à Goodwood : la Gen4 s’approche du mythe Heidfeld, sans encore tout dévoiler

La Formula E n’a jamais annoncé publiquement qu’elle visait un record précis au Festival of Speed de Goodwood. Mais sur la colline, l’intention paraissait limpide : se rapprocher du légendaire 41,6 s de Nick Heidfeld établi en 1999 au volant d’une McLaren de Formule 1 de 1998.

Cette prudence dans la communication avait du sens : la Gen4 est encore en phase de développement, loin d’avoir livré son potentiel maximal. Ce ne sera le cas que bien avancé dans sa première saison de course, attendue en 2027. À Goodwood, Dan Ticktum s’est finalement rapproché du repère de Heidfeld, avec un meilleur temps de 42,4 s.
Un signal fort, malgré un projet encore jeune
La progression attendue est déjà considérable. D’ici Monaco l’an prochain (en mai), la Gen4 devrait être plus rapide que la Formule 2, et potentiellement à huit ou neuf secondes d’une Formule 1. Rapporté aux écarts de budgets — et surtout à la différence de développement aérodynamique entre la F1 et la Formula E —, c’est un pas impressionnant.
Au-delà, l’avenir est à la fois excitant et encore assez flou. Une certitude demeure toutefois, déjà inscrite dans l’ADN du championnat : l’ambition portée par Alejandro Agag, fondateur de la Formula E et désormais président.
Monaco comme vitrine : l’ambition selon Alejandro Agag
La semaine dernière, Agag expliquait à CNN : « Le meilleur tour à Monaco, c’est 1 min 09 s. Nous espérons faire 1 min 08 s. Donc une seconde plus vite que la Formule 1. Cela suffit pour montrer que les voitures électriques peuvent battre ça, et alors je suis sûr que la Formule 1 fera 1 min 07 s. »
Il ajoutait : « Notre objectif est de battre la Formule 1 à Monaco le plus vite possible. »
Agag a la réputation d’amplifier ses messages et de s’affranchir de certaines contraintes très terre-à-terre. C’est aussi une partie de ce qui a rendu son impact sur le sport automobile si marquant. Charismatique et excellent homme d’affaires, visionnaire sur les opportunités sportives, il l’est. Force rationnelle et pragmatique s’en tenant strictement aux faits, beaucoup moins.
Ses déclarations s’intègrent pleinement à l’argumentaire autour de la Gen4 : frapper fort, sans entrer dans les détails ni les échéances, pour ancrer l’idée d’une trajectoire technologique et de performance capable de se rapprocher sérieusement de la F1. Mais l’idée que cela se concrétise dès la Gen4 reste, dans les faits, peu crédible.
Pourquoi Goodwood comptait autant
La Formula E gagnerait surtout à sortir de la bulle entretenue depuis sa naissance en 2014, afin que la part d’exagération retombe d’elle-même. Sur le plan sportif et technique, la base est solide. Mais le championnat a eu du mal à construire un suivi profond et authentique au-delà de chiffres de fans et d’audiences souvent présentés de manière très favorable.
Dans ce contexte, Goodwood a logiquement été ciblé comme un moment-clé pour présenter la Gen4 au public : quoi de plus efficace qu’une confrontation, à ciel ouvert, où l’accélération et la puissance attirent instantanément l’attention ? D’où la question qui a circulé tout le week-end : la Gen4 pouvait-elle menacer le 41,6 s de Heidfeld, voire s’approcher de l’absurde 39,08 s établi en 2022 par la McMurtry Spierling ?
Ce qui s’est vraiment passé à Goodwood

La préparation de Ticktum pour Goodwood a inclus un essai tenu discret au circuit d’Alès-Cévennes, dans le sud de la France, le mois dernier. Il a jugé ce test « très utile », précisant qu’il s’était « mis dans le rythme assez vite » et que c’était « une autre raison pour laquelle j’ai été choisi pour Goodwood : je suis assez bon pour trouver la limite rapidement ».
Le samedi après-midi, Ticktum a signé un meilleur 43,87 s après avoir perdu du temps sur une piste poussiéreuse dans le deuxième secteur. Il se retrouvait alors à 0,8 s de la Ford Super Mustang Mach-E pilotée par Romain Dumas, créditée d’un meilleur 42,99 s.
Le dimanche, Ticktum a ensuite réalisé un 42,2 s lors d’une montée dite « non chronométrée » avant le duel de l’après-midi, où il s’est retrouvé face à la Ford Super Mustang Mach-E, une machine décrite comme ridiculement puissante et bénéficiant d’un niveau de développement nettement supérieur à la Gen4.
Au final, la Mach-E a été environ une demi-seconde plus rapide que la Gen4, un écart à remettre en perspective compte tenu du travail déjà effectué sur la Ford.
Une marge réduite, mais des détails qui comptent
Interrogé dès le vendredi sur la possibilité de viser le record, Ticktum a été direct : « On est à environ trois secondes. »
Il détaillait aussi où le temps s’était envolé : « Je pense que j’ai perdu environ une seconde lors du shootout d’essais aujourd’hui au virage 2, parce qu’il y a beaucoup de poussière sur la piste, et j’ai eu une sortie vraiment mauvaise en montée et sur la ligne droite. Donc je dirais que c’est clairement entre une demi-seconde et une seconde. »
Et d’ajouter : « On a utilisé le même train de pneus pour toutes les montées. Il y aura du temps à gagner avec un train neuf, et simplement parce que la piste se gomme et devient un peu plus propre. Je pense que ça va être serré. »
Pourquoi Dan Ticktum était l’homme du week-end
Ticktum aime la puissance et les défis. Goodwood a aussi servi de respiration au milieu d’une saison de Formula E difficile : il pointe à la 16e place du championnat, avec 30 points de retard sur son équipier Pepe Marti.
Il a remis en perspective ce qu’il avait sous les mains à Goodwood : « Il y a beaucoup de voitures électriques ici, des trucs de Pikes Peak, le Super Van qui a 2000 chevaux, mais ça pèse bien plus lourd que ça (la Gen4). »
Il insistait sur le compromis masse/puissance : « Là, c’est encore relativement léger. Ok, c’est lourd pour une monoplace, mais ça reste léger, autour de 1000 kilos. Et avec la puissance qu’on utilise, je pense 940, 950 chevaux, c’est très rapide. »
Son verdict, sans détour : « J’ai conduit des voitures rapides, et je suis très rarement surpris par quelque chose, mais là c’est juste tellement rapide. »
Les slicks Bridgestone, un élément décisif
Lors de l’essai en France, Ticktum a roulé avec des slicks Bridgestone spécialement conçus. Il a été impressionné par l’engagement du manufacturier japonais et par le soutien d’ingénierie mis en place pour Goodwood.
« Ça fait une grande différence [d’avoir des slicks] », a-t-il souligné. « Évidemment il y a des rumeurs pour une Gen4 Evo où on pourrait passer aux slicks. Bridgestone a été fantastique. Ils ont été super à travailler. »
Il précisait aussi le travail réalisé en amont : « Ils ont été très bons au test (d’Alès), ils ont développé quelques gommes à essayer, et on a choisi ce qu’on pensait être le mieux pour Goodwood. C’est génial. »
Une image parfaite ? Non. Une image utile ? Probablement
Fallait-il faire de Ticktum l’emblème de la Gen4 le temps d’un week-end ? Pourquoi pas. Talentueux, clivant, capable de faire parler de lui très vite, il colle aussi à l’idée d’une catégorie en pleine bascule.
Comme la Formula E avec la Gen4, Ticktum se retrouve à un carrefour. Maintenant ou jamais : le moment est venu, pour tout le monde, de grandir un peu.
Conclusion
À Goodwood, la Gen4 n’a pas renversé les records, mais elle a posé un jalon clair : à 42,4 s, la Formula E s’est approchée d’un temps de F1 resté mythique, tout en rappelant qu’elle n’en est qu’au début de son cycle de développement. Entre communication ambitieuse, gains techniques à venir et comparaison inévitable avec la F1, la suite s’écrira sur la piste — et c’est précisément là que l’histoire devient passionnante.
Foire aux Questions
Quel record la Gen4 cherchait-elle à approcher à Goodwood ?
La référence la plus évoquée était le 41,6 s de Nick Heidfeld, réalisé en 1999 avec une McLaren de Formule 1 de 1998.
Quel a été le meilleur temps de Dan Ticktum avec la Gen4 ?
Son meilleur temps du week-end a été de 42,4 s.
Pourquoi la poussière et l’état de la piste ont-ils compté dans les chronos ?
Ticktum a expliqué avoir perdu du temps, notamment au virage 2, à cause de la poussière. Il a aussi souligné que la piste se nettoie au fil des passages (elle se gomme), ce qui peut améliorer l’adhérence et donc le temps au tour.
Quels ordres de grandeur de poids et de puissance ont été évoqués pour la Gen4 à Goodwood ?
Ticktum a parlé d’environ 1000 kg et d’une puissance autour de 940 à 950 chevaux, ce qui explique l’accélération très marquante ressentie au volant.
Quand la Gen4 devrait-elle exprimer pleinement son potentiel, et quelles ambitions sont évoquées pour Monaco ?
La Gen4 est encore en développement et ne devrait pas être totalement exploitée avant sa première saison de course, attendue en 2027. Pour Monaco l’an prochain (en mai), il est avancé qu’elle pourrait être plus rapide que la Formule 2 et se situer potentiellement à huit ou neuf secondes d’une Formule 1. Alejandro Agag a aussi déclaré espérer un tour en 1 min 08 s à Monaco, en référence à un meilleur tour mentionné à 1 min 09 s.
Dans le sillage de Goodwood et de la McLaren F1, le rêve automobile se démocratise: leasing, LOA/LLD, garanties et achat à distance avec Joinsteer pour transformer un chrono admiré en projet concret.

























































