đïž Formule E Ă Djeddah : les gagnants, les perdants et les leçons dâun double rendez-vous renversant

Deux courses, deux dynamiques radicalement diffĂ©rentes : Djeddah a offert Ă la Formule E son premier week-end Ă deux manches de la saison 2025-26, avec des hiĂ©rarchies mouvantes et des choix dâĂ©nergie dĂ©terminants.
Entre stratĂ©gies qui se jouent Ă la minute prĂšs, gestion du mode attaque, lecture du rythme de peloton et alĂ©as techniques, certains en ont tirĂ© le maximum⊠tandis que dâautres auraient prĂ©fĂ©rĂ© oublier le voyage.
đ Gagnant : Jaguar, le retournement express
Jaguar a vĂ©cu un week-end charniĂšre grĂące Ă Antonio FĂ©lix da Costa, qui a signĂ© une victoire marquante lors du deuxiĂšme E-Prix de Djeddah 2026. Et elle est venue avec une curiositĂ© statistique : gagner dĂšs sa cinquiĂšme course avec une nouvelle Ă©quipe, câest exactement ce quâil avait dĂ©jĂ fait chez DS Techeetah (Marrakech 2019) et Porsche (Le Cap 2023).
Mais au-delĂ de la coĂŻncidence, son week-end Ă©tait surtout celui dâun champion qui remet de lâordre dans sa saison : aprĂšs avoir Ă©tĂ© sorti de la lutte lors de ses trois premiers dĂ©parts (en Ă©tant clairement victime dans deux cas), da Costa a dâabord sĂ©curisĂ© une solide 5e place le vendredi, puis a conclu le samedi par une victoire nette. RĂ©sultat : Jaguar remonte au 2e rang du classement Ă©quipes.
Le contraste est saisissant : aprĂšs les deux premiĂšres courses, Jaguar Ă©tait Ă zĂ©ro point et lanterne rouge. Sur les deux derniers rendez-vous, la trajectoire sâest inversĂ©e. LâĂ©quipe arrive dĂ©sormais avec de lâĂ©lan, et une « mĂšche » commence Ă se consumer vers lâavance initialement confortable de Porsche, Ă lâapproche de la sĂ©quence europĂ©enne le mois prochain.
La victoire de da Costa sâest construite sur du rythme et une stratĂ©gie propre, avec deux activations de quatre minutes du mode attaque. Ian James a expliquĂ© : « Il y a eu beaucoup de discussions sur la bonne stratĂ©gie et ce nâĂ©tait pas du tout Ă©vident. Câest pour ça que vous avez vu des stratĂ©gies diffĂ©rentes selon les Ă©quipes. Ăa a marchĂ© pour nous, et le timing des modes attaque a Ă©tĂ© absolument crucial, surtout le deuxiĂšme. LâĂ©cart quâAntonio a creusĂ© Ă©tait super important pour nous protĂ©ger de ce qui se passait derriĂšre. »
âïž Mitch Evans : une attaque brillante⊠puis une frustration en qualifs
Le week-end de Mitch Evans a lui aussi montré du potentiel et des regrets. Le vendredi, il a réalisé une course agressive et bien jugée, remontant de la 10e à la 3e place.
Le samedi, la frustration est venue dĂšs les qualifications : il a de nouveau manquĂ© les duels â aprĂšs avoir dĂ©jĂ Ă©chouĂ© Ă y entrer le vendredi pour⊠0,001 s. Cette fois, un incident Ă©trange semble avoir jouĂ© un rĂŽle. Ian James a dĂ©taillĂ© : « Je pense quâil a tapĂ© le vibreur au virage 6 et est retombĂ© assez fort. Je pense que son pied a juste touchĂ© le frein. Câest aussi simple que ça dâaprĂšs les donnĂ©es. Ce quâon doit comprendre, câest si la voiture a rĂ©agi comme on lâattendait, ou sâil y a un autre problĂšme sous-jacent. »
En course, Evans a encore Ă©tĂ© solide depuis la 13e place sur la grille. Mais il nâa pas rĂ©ussi Ă recoller complĂštement au groupe derriĂšre son Ă©quipier victorieux et se contente dâune 7e place combative, aprĂšs sâĂȘtre retrouvĂ© bloquĂ© quand la course est passĂ©e Ă un rythme maximal.
đ Gagnant : Porsche, une dĂ©monstration⊠le vendredi
Le vendredi, Pascal Wehrlein a dĂ©crochĂ© sa premiĂšre victoire depuis 10 mois, avec une maĂźtrise qui a Ă©crasĂ© lâopposition. Le champion 2024 a rĂ©ussi plusieurs manĆuvres clĂ©s qui ont dĂ©clenchĂ© des ajustements stratĂ©giques majeurs cĂŽtĂ© stand.
Florian Modlinger a rĂ©sumĂ© lâimpact de ces dĂ©passements : « Quand on se rapprochait de plus en plus de la fenĂȘtre dâarrĂȘt, les manĆuvres quâil a faites pour passer P2 puis dĂ©passer [Norman] Nato pour ĂȘtre P1 nous ont fait rĂ©agir en changeant la stratĂ©gie. Sâil Ă©tait restĂ© P2 ou P3, on aurait fait une stratĂ©gie diffĂ©rente quâen Ă©tant P1. Et ensuite, le rythme naturel en 300 kW Ă©tait tellement fort quâon a eu le temps de rĂ©agir avec le pit boost puis plus tard avec le mode attaque aussi. Câest lĂ que tout a payĂ©, et câĂ©tait impressionnant. »
Nico Mueller a assurĂ© une 4e place solide, mĂȘme si cette 4e position aurait pu se transformer en 3e si lâĂ©quipe avait rĂ©agi un peu plus vite au moment oĂč Evans ressortait des stands, en demandant Ă Mueller dâattaquer davantage.
Au total, les 38 points inscrits ont donnĂ© Ă Porsche une avance de 50 points au classement Ă©quipes au milieu du week-end. Et avec 109 points cumulĂ©s sur les quatre premiĂšres courses, câest le meilleur dĂ©part de lâĂ©quipe dans son histoire depuis son arrivĂ©e en 2019.
â ïž Perdant : Porsche aussi, le samedi
Le samedi a racontĂ© une histoire beaucoup plus austĂšre pour Porsche : seulement quatre points, grĂące Ă un Wehrlein accrocheur mais limitĂ© Ă la 8e place. Le leader du championnat nâa jamais semblĂ© aussi Ă lâaise que 24 heures plus tĂŽt, et sa journĂ©e entiĂšre a Ă©tĂ© une lutte pour trouver lâadhĂ©rence optimale.
Mueller a vĂ©cu encore pire. Parti 16e, il a dĂ» tenter une stratĂ©gie risquĂ©e dâultra-Ă©conomie dâĂ©nergie, « en anticipant une possible neutralisation en fin de course » selon Modlinger. Cette neutralisation nâest jamais venue. Mueller termine lĂ oĂč il a commencĂ©, au cĆur dâune sĂ©quence confuse et de questions sur la disparition du rythme.
Conséquence notable : il a perdu son bilan de 100% de courses dans les points en début de saison⊠et de sa carriÚre avec Porsche en usine.
đ Gagnant : Cupra Kiro, un samedi enfin propre
Ă Djeddah, tout sâest jouĂ© le samedi pour Cupra Kiro. La premiĂšre partie du week-end Ă©tait Ă oublier : lâĂ©quipe nâa pas rĂ©ussi Ă utiliser le mode attaque sur la Porsche de Dan Ticktum, faute dâavoir anticipĂ© la procĂ©dure de moyenne glissante sur quatre minutes. Cela a largement condamnĂ© Ticktum Ă une 12e place frustrante.
De son cÎté, Pepe Marti a connu un vendredi brouillon, incluant un accrochage qui a éliminé Zane Maloney, avant de finir loin, 14e.
Le samedi, Kiro a Ă©tĂ© plus tranchant. Ticktum a manquĂ© de peu les duels (0,060 s derriĂšre la CitroĂ«n de Jean-Eric Vergne), puis a construit une course trĂšs solide. Il a Ă©tĂ© un candidat crĂ©dible au podium avant dâĂȘtre doublĂ© dans la phase finale par des pilotes avec davantage dâĂ©nergie disponible, Rowland et Mortara, pour finir 5e.
Ticktum a estimĂ© que lâĂ©quipe aurait pu prendre un peu plus de « risque » dans lâutilisation du mode attaque, tout en se disant « plutĂŽt content de [sa] performance ». Il a expliquĂ© avoir rĂ©alisĂ© « des dĂ©passements Ă bon compte » pendant la phase dâĂ©conomie dâĂ©nergie, ce qui lâa aidĂ© Ă garder un peu plus que ceux autour, et Ă produire « une course globalement bien gĂ©rĂ©e » pour lui et lâĂ©quipe.
Marti a aussi signĂ© une belle remontĂ©e, de la 14e Ă la 6e place juste derriĂšre Ticktum, malgrĂ© un constat lucide : il dit avoir Ă©tĂ© « un peu trop naĂŻf dans la phase dâĂ©conomie » et sâĂȘtre fait « dĂ©passer par beaucoup, beaucoup de pilotes ».
đ§Ż Perdant : Kiro aussi, communication sous tension
Au-delĂ du vendredi catastrophique, Kiro a dĂ» gĂ©rer un gros nettoyage interne aprĂšs une attaque tardive de Marti sur Ticktum, qui a fait frĂ©mir plus dâun membre de lâĂ©quipe dans les derniers tours.
Le directeur dâĂ©quipe Russell OâHagan a Ă©valuĂ© lâincident à « 70/30 » en dĂ©faveur de Marti, tout en ajoutant quâil fallait nuancer avec le contexte.
Marti a insistĂ© sur la part de malentendu : « On en a parlĂ© trĂšs briĂšvement au dĂ©brief. Il [Ticktum] ne savait pas que jâavais plus dâĂ©nergie, et moi je ne savais pas quâil ne le savait pas. Jâai tentĂ© un mouvement que je pensais correct, et il sâest dĂ©fendu, ce qui Ă©tait normal. Aucun ressentiment de mon cĂŽtĂ©. La derniĂšre chose que tu veux, câest finir la course de ton Ă©quipier. »
La question Ă©vidente pour ceux qui ont vu la scĂšne : lâĂ©quipe pouvait-elle mieux gĂ©rer les derniers tours ? La rĂ©ponse semblait ĂȘtre oui, franchement.
« On peut toujours mieux gĂ©rer des situations, a estimĂ© Marti. On peut mieux gĂ©rer des situations comme descendre un escalier. Câest trĂšs difficile de savoir combien dâĂ©nergie chaque voiture a. Est-ce que tu vas vraiment avoir une chance de dĂ©passer les voitures devant ? Câest trĂšs difficile de tout quantifier en deux minutes, soit deux tours ici. Ăvidemment, on peut en parler, mais câĂ©tait la premiĂšre fois quâon se retrouvait lâun contre lâautre en piste et rien de grave nâest arrivĂ©. »
Lâargument est clair⊠mais il a aussi laissĂ© lâimpression dâune explication un peu lĂ©gĂšre. Des soupçons existent sur le fait que Kiro manque trop de ressources pour ĂȘtre un candidat rĂ©gulier au tout premier plan. Cet Ă©pisode a nourri cette thĂ©orie, car il a mis en lumiĂšre un Ă©chec dans une communication simple, efficace et limpide.
OâHagan nâa pas cherchĂ© dâĂ©chappatoire : « Câest quelque chose dont on savait que ça arriverait, on en discutait, et puis ça a atteint un point plus tĂŽt que prĂ©vu. La responsabilitĂ© sâarrĂȘte avec moi ; on doit sâassurer que ça ne puisse mĂȘme plus sâen approcher. Câest un nouveau problĂšme, ce nâest pas un problĂšme quâon avait avant â un bon problĂšme Ă avoir â mais pas un problĂšme quâon peut se permettre Ă nouveau. »
Et Ticktum ? Il est connu pour avoir sĂ©vĂšrement recadrĂ© son Ă©quipier juste aprĂšs lâarrivĂ©e, mais il nâa pas laissĂ© la situation sâenvenimer quand il sâest exprimĂ© plus tard : « Je lui ai fait une remarque, mais câest rĂ©glĂ©, câest de lâhistoire ancienne. Je comprends, mais si câĂ©tait lâinverse, je ne lâaurais pas fait, mĂȘme si ce nâĂ©tait pas mon Ă©quipier : câĂ©tait trop risquĂ©. Ă ce stade de la course, je pense quâil pensait avoir un peu plus dâĂ©nergie que moi, mais on Ă©tait tous presque Ă fond de toute façon, ou trĂšs proche. Je lâai juste prĂ©venu de ne pas refaire ça. »
𧩠Perdant : Pepe Marti, une sortie de piste⊠verbale
Marti est lâune des bonnes surprises du dĂ©but de saison, avec plusieurs prestations qui attirent lâĆil. Et elles sont dâautant plus remarquables quâelles viennent aprĂšs ses acrobaties spectaculaires pour ses dĂ©buts Ă SĂŁo Paulo.
Mais malgrĂ© une trĂšs bonne course le samedi Ă Djeddah, elle a Ă©tĂ© en partie Ă©clipsĂ©e par des propos inutiles Ă la radio juste aprĂšs sa tentative sur Ticktum. Il a dit ne pas accepter la situation et a utilisĂ© le terme insultant anglais « retard » pour qualifier lâaction.
Ce mauvais choix de mots a Ă©tĂ© suivi dâexcuses immĂ©diates Ă la radio, puis publiquement via le communiquĂ© officiel de lâĂ©quipe, et ensuite sur les rĂ©seaux sociaux de Marti.
LâĂ©pisode a Ă©tĂ© traitĂ© rapidement et condamnĂ© Ă la fois par lâĂ©quipe et par le pilote, ce qui Ă©tait la seule ligne possible aprĂšs des mots trĂšs mal choisis de la part de Marti, habituellement bien exprimĂ©.
đ Perdant : Andretti, la session qui ne dĂ©colle pas
AprĂšs un rendez-vous compliquĂ© Ă domicile Ă Miami deux semaines plus tĂŽt, Andretti avait besoin dâun vrai bol dâair Ă Djeddah. Il nâest pas venu.
Un espoir a nĂ©anmoins existĂ© quand Jake Dennis sâest qualifiĂ© sur la premiĂšre ligne pour la deuxiĂšme course, mĂȘme sâil a peut-ĂȘtre un peu trop forcĂ© sur son dernier tour de qualification face Ă Mortara.
Dans la premiĂšre moitiĂ© de la course, Dennis a semblĂ© Ă lâaise sur lâĂ©nergie, mais aussi un peu exposĂ© en se faisant repousser dans lâordre, dans une zone « dangereuse ». Un podium restait possible⊠jusquâĂ un contact involontaire avec la Lola de Maloney, « armĂ©e » par le mode attaque. Le sort a Ă©tĂ© cruel : le choc a accrochĂ© la valve de sa roue avant gauche et a provoquĂ© une crevaison.
Avant ça, Dennis avait tentĂ© de mobiliser une forme dâentraide stratĂ©gique entre les Porsche de son groupe (la sienne, celle de Ticktum et celle de Wehrlein) : « Si on a un minimum de bon sens avec Kiro et Porsche, câest le moment oĂč on peut vraiment Ă©conomiser de lâĂ©nergie. On a trois voitures ensemble. »
Cette coordination ne sâest pas concrĂ©tisĂ©e. Dennis repart de Djeddah avec un seul point, conscient que câest insuffisant pour un week-end Ă deux courses.
En arriĂšre-plan, Andretti a aussi peinĂ© Ă comprendre un Ă©cart perçu dans lâallocation de pneumatiques de Dennis, ce qui a semblĂ© donner un ton irritable au week-end. Et lâautre voiture de lâĂ©quipe a Ă peine existĂ©, ce qui a surpris aprĂšs ce qui ressemblait Ă une performance dĂ©clic Ă Miami pour Felipe Drugovich.
đ Gagnant : Edoardo Mortara, patron des qualifications
Mortara est impressionnant depuis le dĂ©but de saison. Il a lâallure dâun pilote qui va gagner cette annĂ©e, et cela pourrait couper court Ă une disette qui dure depuis sa derniĂšre victoire Ă SĂ©oul en aoĂ»t 2022.
Ă Djeddah, il a Ă©tĂ© le roi des qualifications : deux tours superbes, deux finales gagnĂ©es contre Maximilian Guenther puis Jake Dennis, et six points au total. Sa Mahindra semblait dans une fenĂȘtre idĂ©ale.
Dans la course du vendredi, un dĂ©part ratĂ© â il a semblĂ© se tromper lĂ©gĂšrement dans la procĂ©dure de mise en action aprĂšs que son Ă©quipier Nyck de Vries a retardĂ© le dĂ©part â nâa pas empĂȘchĂ© une course trĂšs maĂźtrisĂ©e jusquâĂ la deuxiĂšme place.
Sa Mahindra se comportait trĂšs bien et semblait aussi moins pĂ©nalisĂ©e par la rĂšgle de moyenne glissante de puissance, introduite au dĂ©but de la saison passĂ©e pour protĂ©ger la batterie. Mahindra paraĂźt sây ĂȘtre particuliĂšrement bien adaptĂ© : autour de lui, dâautres pilotes ont dĂ» gĂ©rer cette contrainte davantage que Mortara, qui semblait disposer dâoutils utiles dans sa voiture pour maĂźtriser la dĂ©livrance de puissance sur lâessieu arriĂšre.
Une attaque sur Wehrlein, trĂšs largement en tĂȘte, Ă©tait toutefois un pas de trop, mĂȘme si Mortara a rĂ©duit lâĂ©cart une fois installĂ© au deuxiĂšme rang.
Le lendemain, nouvelle pole position. Mais dans un format plus orientĂ© « course en peloton », le dĂ©part Ă©tait moins dĂ©cisif. Mortara a nĂ©anmoins Ă©tĂ© solide pour finir 4e â mĂȘme sâil a jugĂ© sa prestation « solide » et rien de plus.
đ§š Perdant : Nyck de Vries, le week-end qui tourne au cauchemar
Dans la catégorie des week-ends perdus, celui-ci ressemblait à la célÚbre et épique virée alcoolisée hollywoodienne de 1974 associée à John Lennon, avec Harry Nilsson, Alice Cooper et Keith Moon. Et pourtant, la part de responsabilité de De Vries dans ce chaos est restée limitée.
Oui, il a manquĂ© de rythme en qualifications. Mais le vrai coup dur est arrivĂ© le vendredi : son onduleur a « cuit », ce qui a entraĂźnĂ© une pĂ©nalitĂ© de 60 places sur la grille aprĂšs le remplacement de deux MGU et dâun microcontrĂŽleur. Son samedi Ă©tait alors suspendu Ă un scĂ©nario de voiture de sĂ©curité⊠qui ne sâest jamais produit.
De Vries a lĂąchĂ© : « On avait toujours besoin dâune voiture de sĂ©curitĂ© et ça nâest pas arrivĂ©, donc quâest-ce que je peux dire dâautre ? Ăvidemment, les problĂšmes de vendredi ont compromis tout le week-end. On a eu pas mal de contretemps dĂšs le dĂ©but et câĂ©tait un de ces week-ends oĂč ça nâa pas fonctionnĂ©. »
Mahindra doit maintenant absorber le contrecoup si lâĂ©quipe veut Ă©viter que De Vries ne se retrouve totalement larguĂ© par rapport Ă son Ă©quipier au championnat : De Vries est 13e avec 12 points, Ă 50 points de Mortara, dont le gros week-end lâa propulsĂ© au deuxiĂšme rang du gĂ©nĂ©ral.
Et malgrĂ© les bons points de Mortara, le cauchemar de De Vries a eu un coĂ»t collectif : Mahindra a glissĂ© de la 2e Ă la 3e place du classement Ă©quipes dâun jour Ă lâautre.
đ Perdant : les Ă©quipes Stellantis (encore), entre rythme et faux pas
Pour un deuxiĂšme Ă©vĂ©nement consĂ©cutif, le quatuor des voitures CitroĂ«n et DS Penske a donnĂ© lâimpression de pouvoir faire mieux⊠sans y parvenir. Ă elles quatre, elles ont inscrit 16 points. En comparaison, les quatre voitures motorisĂ©es par Jaguar en ont marquĂ© 80.
DS Penske avait de la vitesse, en particulier avec Guenther, mais des erreurs stratĂ©giques ont empĂȘchĂ© de convertir ce potentiel en rĂ©sultat. Taylor Barnard a aussi souffert dâune inconsistance dĂ©routante, expliquant : « Si je suis honnĂȘte, je nâai pas eu beaucoup de rythme de la semaine. Je sais que je me qualifie P5 [vendredi], mais câĂ©tait un trĂšs bon tour. Je ne me suis pas senti fort de la semaine et le principal problĂšme, câest que la voiture ne tourne pas pareil Ă gauche et Ă droite. Il nây a absolument rien quâon puisse faire. On fait autant dâessais, de programmes de contrĂŽle â appelez ça comme vous voulez â pour tous les pneus. On fait autant quâon peut, mais on a toujours ces problĂšmes⊠câest hors de notre contrĂŽle. »
La meilleure fenĂȘtre de pneus de Barnard sur tout le week-end a Ă©tĂ© un assemblage « mix and match » dâensembles Hankook. Il a eu lâimpression de courir aprĂšs des rĂ©glages fuyants et a terminĂ© abattu et confus, avec un seul point.
Guenther a affichĂ© un rythme plus Ă©vident que celui de son Ă©quipier les deux jours, mais il a Ă©tĂ© rendu relativement inoffensif le vendredi alors quâil figurait parmi les plus rapides en piste, Ă cause de la stratĂ©gie. Phil Charles a expliquĂ© : « Avec Max, on a anticipĂ© que beaucoup de gens attaqueraient au dĂ©but de la fenĂȘtre et nous nâavons pas Ă©tĂ© agressifs, on voulait ĂȘtre agressifs avec une voiture et ça nâa pas marchĂ©. »
En clair, DS Penske a Ă©tĂ© victime de sa propre agressivitĂ© en divisant sa stratĂ©gie. Charles a ajoutĂ© : « Câest aussi simple que ça en Formule E : vous hĂ©sitez une seconde et ça peut vous mordre trĂšs fort, et dans les deux voitures on sâest retrouvĂ©s hors position et ensuite câĂ©tait trĂšs difficile. »
Du cĂŽtĂ© de CitroĂ«n, le rythme a Ă©tĂ© moyen tout au long du week-end. LâĂ©quipe a toutefois sauvĂ© trois arrivĂ©es dans les points en quatre dĂ©parts, contre une seule pour DS Penske. Nick Cassidy, furieux, a fait savoir Ă son Ă©quipe Ă quel point la stratĂ©gie du samedi Ă©tait mauvaise, avec des modes attaque complĂštement mal synchronisĂ©s en fin de course. La veille, lâambiance Ă©tait moins explosive : il avait au moins profitĂ© dâune course propre, et il a probablement rĂ©alisĂ© le maximum avec une 7e place au regard du rythme disponible.
Vergne a arraché une 9e place combative le samedi, aprÚs une 8e place discrÚtement efficace la veille. Mais le double champion attendait forcément plus que des arrivées périphériques dans les points sur ce premier quart de saison.
Le team principal Cyril Blais a rĂ©sumĂ© : « On Ă©tait dans une bonne position au dĂ©part, mais on ne lâa juste pas fait correctement. On a Ă©tĂ© surpris par le rythme de la course au dĂ©but. On Ă©tait un peu dans le no manâs land, lĂ oĂč on ne veut pas ĂȘtre : tu ne veux pas ĂȘtre tout devant, tu veux ĂȘtre tout au bout, mais on Ă©tait au milieu et on ne pouvait pas Ă©conomiser dâĂ©nergie, on ne pouvait pas vraiment gagner des positions. »
đ§ Gagnant : SĂ©bastien Buemi, la science du rythme et de la survie
Le week-end de SĂ©bastien Buemi a dĂ©marrĂ© de maniĂšre heurtĂ©e : lui et Envision ont Ă©tĂ© perturbĂ©s par des anomalies de pneus, Ă©voquant des difficultĂ©s Ă expliquer des variations dâadhĂ©rence dâun train de Hankook Ă lâautre.
Le vendredi, sa course a Ă©tĂ© solide, surtout sur le plan stratĂ©gique, avec une gestion de la hausse des tempĂ©ratures de batterie en fin dâĂ©preuve. Il termine 7e aprĂšs avoir utilisĂ© un mode attaque tardif pour sâintercaler entre les pilotes CitroĂ«n.
Mais câest le samedi quâil a vraiment frappĂ© : qualifiĂ© 7e, il a choisi une approche agressive et a pris la tĂȘte dans les premiers tours, dans un registre oĂč il semblait Ă lâaise entre consommation et dĂ©pense dâĂ©nergie. Buemi a expliquĂ© : « Je ne voulais pas forcĂ©ment mener, mais le problĂšme, câest que dĂšs que je nâĂ©tais pas P1 ou P2, câĂ©tait la jungle. Jâaurais facilement pris une crevaison ou arrachĂ© la moitiĂ© de lâaileron avant. Et Ă un moment, jâai rĂ©ussi Ă sous-consommer, pas autant que da Costa, mais jâai pu sous-consommer correctement en tĂȘte. Je me suis dit : âTu sais quoi, je vais devant parce quâau moins je suis Ă lâabri.â Ensuite, Ă un moment, Edo [Edoardo Mortara] a accĂ©lĂ©rĂ©, ça a Ă©tirĂ© un peu le peloton et lĂ câĂ©tait beaucoup plus facile. »
Buemi est en excellente forme. Si Envision parvient Ă lâaider Ă la prolonger, il ne faudra pas Ă©carter le vĂ©tĂ©ran de la Formule E comme facteur surprise dans la course au titre cette saison.
đź Conclusion : Djeddah comme signal avant lâEurope
Ce double E-Prix a rappelĂ© Ă quel point la Formule E se joue sur des dĂ©tails : une fenĂȘtre dâadhĂ©rence, un timing de mode attaque, une lecture du rythme du peloton, un incident de qualification, ou une panne qui ruine toute une stratĂ©gie.
Jaguar repart relancĂ©, Porsche averti, Mortara confirmĂ©, et plusieurs Ă©quipes repartent avec de vraies questions Ă rĂ©soudre avant la prochaine phase de la saison. La route est encore longue â et câest justement lĂ que tout peut basculer.
â Foire aux Questions
⥠Quâest-ce que le « mode attaque » en Formule E ?
Le mode attaque est une activation temporaire qui donne plus de puissance, mais impose au pilote de passer par une zone dédiée sur le circuit. à Djeddah, plusieurs résultats ont été fortement conditionnés par le timing de ces activations (par exemple les deux séquences de quatre minutes de da Costa).
đ Ă quoi sert le « pit boost » mentionnĂ© dans les stratĂ©gies ?
Le pit boost est un passage par les stands intĂ©grĂ© aux calculs stratĂ©giques : il influence la maniĂšre de placer ses attaques et ses phases de gestion, comme Porsche lâa expliquĂ© aprĂšs avoir ajustĂ© sa stratĂ©gie en fonction des dĂ©passements de Wehrlein et de son rythme en 300 kW.
đ Câest quoi la rĂšgle de moyenne glissante de puissance ?
Câest un encadrement de la dĂ©livrance de puissance sur une pĂ©riode (Ă©voquĂ©e comme une procĂ©dure de moyenne glissante sur quatre minutes et aussi comme une rĂšgle destinĂ©e Ă protĂ©ger la batterie). Ă Djeddah, Mahindra a semblĂ© moins pĂ©nalisĂ© que dâautres, ce qui a aidĂ© Mortara Ă mieux maĂźtriser son effort.
đ Que sont les « duels » en qualifications ?
Les duels sont la phase finale des qualifications oĂč les meilleurs temps sâaffrontent en face-Ă -face pour la pole. Ă Djeddah, Evans a manquĂ© les duels de trĂšs peu (0,001 s le vendredi), et Ticktum est restĂ© Ă 0,060 s le samedi.
𧱠Pourquoi une pénalité de 60 places sur la grille peut-elle arriver ?
Des remplacements de certains Ă©lĂ©ments techniques peuvent entraĂźner de lourdes sanctions. Ă Djeddah, lâonduleur de Nyck de Vries a Ă©tĂ© endommagĂ© le vendredi, et le remplacement de deux MGU ainsi que dâun microcontrĂŽleur a conduit Ă une pĂ©nalitĂ© de 60 places, ruinant sa course du samedi faute de neutralisation.
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