La Formula E, une partie d’échecs à grande vitesse ♟️⚡

« La Formula E, c’est comme une partie d’échecs à grande vitesse. » La comparaison revient souvent dans le paddock, au point d’être devenue un réflexe.
Et pourtant, derrière la formule, il y a une vraie idée : la discipline électrique ne se résume pas à aller vite. Elle met en jeu une lecture permanente de la course, des choix à embranchements multiples et une gestion fine du risque.
Pour aller plus loin que le cliché, autant demander l’avis de quelqu’un qui vit l’échiquier au quotidien : une joueuse d’échecs titrée.
♟️⚡ Pourquoi la Formula E ressemble (vraiment) à une partie d’échecs
En Formula E, le pilote doit composer avec bien plus que la trajectoire idéale et la bagarre en piste. Il doit aussi intégrer en continu des informations techniques et stratégiques : état de la course, opportunités, menaces, et conséquences probables de chaque décision.
Les pilotes passent ainsi beaucoup de temps dans le simulateur « driver-in-the-loop » (DiL). Une préparation logique : en course, leur liste de tâches est dense, et la charge cognitive ne retombe quasiment jamais.
Au-delà du duel avec 19 autres pilotes de très haut niveau, ils doivent mémoriser un flux d’éléments « virage par virage » et, selon les moments, les communiquer à l’ingénieur en temps réel.
Autre particularité : la gestion d’énergie. Le pilote doit s’assurer que sa consommation reste sur la cible, et les échanges radio se font à l’aide de codes, car les transmissions sont audibles par tous. Des informations comme le pourcentage de batterie, l’énergie à économiser ou à déployer, et certains réglages de groupe motopropulseur sont donc traitées avec prudence.
👤♟️ Le regard d’Anna Cramling, prodige et joueuse titrée
Anna Cramling, 23 ans, a obtenu sa première évaluation FIDE en février 2013, à l’âge de 10 ans. Elle a ensuite décroché le titre de Woman FIDE Master (WFM) en 2018.
Le terme « prodige » n’est pas exagéré : elle est la fille de deux grands maîtres, Juan Manuel Bellon Lopez et Pia Cramling. En plus de ses performances, elle a contribué à populariser les échecs via le streaming sur Twitch.
Fin 2025, elle a participé à un film promotionnel avec Jaguar TCS Racing. Ce projet a proposé une lecture différente de la comparaison habituelle : non pas seulement « stratégie », mais aussi adaptation permanente et exécution de plusieurs tâches à la fois, une signature de la Formula E.
🧠🌿 Variantes, embranchements, calcul : la mécanique commune
Pour Cramling, la ressemblance ne se limite pas à une métaphore pratique.
Elle explique que lorsqu’on joue aux échecs, on explore en continu un arbre de possibilités : « Si je joue ce coup, il se passe ceci ; mon adversaire peut répondre de plusieurs manières ; et dans chaque branche, il faut calculer encore. »
Ce n’est pas seulement anticiper une réaction probable : c’est accepter qu’il existe plusieurs réponses crédibles, chacune ouvrant une suite d’options et de dangers.
On pourrait croire que les échecs laissent davantage de temps, donc moins de pression instantanée. Cramling nuance : la clarté de pensée doit rester élevée, et le rythme du calcul peut être très rapide. Même en cadence classique, les positions offrent tant de variations qu’une décision peut devoir être prise en cinq ou dix minutes, après une analyse intense.
😰🎭 Drames psychologiques : le risque mental face au risque physique
Les échecs sont, par nature, plus psychologiques que le sport auto. Mais le parallèle existe : tension, prise de décision sous contrainte, et équilibre entre risque et récompense.
« Ce n’est pas physique », dit Cramling, « il n’y a pas de risque de blessure… mais c’est tellement psychologique qu’on a l’impression d’être en danger d’une certaine manière. Il y a un risque mental. »
La Formula E, elle, combine souvent les deux dimensions. Un exemple marquant : la course de Montréal en juillet 2017 pour Sébastien Buemi. Après un accident important en essais libres, il est remonté jusqu’à une brillante quatrième place… mais l’épisode a laissé des traces.
Quelques minutes après l’arrivée, alors champion en titre, Buemi s’est lancé dans une diatribe spectaculaire dans la voie des stands, allant jusqu’à s’en prendre à trois pilotes (Antonio Felix da Costa, Robin Frijns et Daniel Abt) en trois minutes. Certains ont estimé qu’il avait pu être commotionné lors de son accident plus tôt. Quoi qu’il en soit, la scène illustre comment l’usure physique et mentale peut déborder.
Et les échecs ne sont pas totalement dépourvus d’aspects « physiques » : Cramling évoque souvent l’état d’épuisement. Après cinq ou six heures avec le cerveau en alerte maximale, on peut se retrouver avec quelques secondes à la pendule, et devoir trancher dans des positions difficiles qui changent tout. Le cerveau, dit-elle, finit « complètement frit ». Malgré les différences, elle juge plus intéressant de souligner les similitudes cachées entre ces univers.
💥♚ Quand la frustration explose… même sur un échiquier
Un équivalent aussi extrême que la scène de Buemi est rare aux échecs, mais des épisodes ont marqué le circuit. En Norvège, en 2025, Magnus Carlsen a déclenché une séquence restée fameuse : un coup de poing sur la table après une défaite a fait sursauter les pièces, et son adversaire victorieux, Gukesh, a reculé, partagé entre stupeur et satisfaction d’avoir pris le dessus.
Current World Champion Gukesh defeats Magnus Carlsen for the first time in classic chess. pic.twitter.com/4tDFBjon9c
— non aesthetic things (@PicturesFoIder) June 2, 2025
🔥🏁 Même instinct de compétition, apprentissage éclair
Lors de la rencontre entre Cramling et les pilotes Jaguar, Antonio Felix da Costa et Mitch Evans, le respect mutuel saute aux yeux. Pour Cramling, malgré la distance entre disciplines, l’envie de gagner est identique.
Elle note qu’ils se souciaient réellement de se battre l’un contre l’autre, avec ce « feu intérieur » qu’on retrouve chez les compétiteurs professionnels. Elle les décrit aussi comme des penseurs rapides, capables d’apprendre très vite, de retenir l’information et de montrer une écoute active. En seulement 20 minutes de tournage, la vitesse d’apprentissage lui a semblé impressionnante, même si Evans a commis une erreur amusante en appelant le pion… une « crevette » (« prawn »).
👥🧩 Un sport d’équipe… y compris aux échecs
En sport auto, le pilote s’appuie sur une armée : ingénieurs, mécaniciens, personnels opérationnels, spécialistes data. On imagine souvent les échecs comme un sport strictement individuel. Cramling conteste cette vision.
Elle explique qu’avant de connaître le sport auto, elle pensait que si une voiture était accidentée, tout reposait sur l’individu. Or, en échecs aussi, il existe un travail collectif de préparation : entraîneurs et collaborateurs analysent l’adversaire, anticipent ses choix, et peuvent passer cinq ou six heures à construire les meilleures lignes. Cette charge est volontairement externalisée : si le joueur devait tout faire lui-même, il arriverait « totalement vidé » au match. Il a besoin d’être frais pour l’affrontement.
Au fil de l’échange, une nouvelle passerelle apparaît : deux quêtes sportives très différentes, mais traversées par des contraintes mentales proches.
Cramling conclut aussi sur une admiration personnelle : elle dit avoir un immense respect pour les pilotes, car elle ne se voit pas faire ce métier. Elle précise même qu’elle n’a pas le permis, tout en plaisantant avec les pilotes Jaguar : s’ils apprennent les échecs, ils pourront lui apprendre à conduire.
Images : Jaguar TCS Racing
🚀✨ Conclusion : la vitesse change, la stratégie reste
Qu’il s’agisse de gérer une batterie et des radios codées, ou de calculer des variantes sous pression, Formula E et échecs se rejoignent sur l’essentiel : décider vite, assumer les conséquences, et rester lucide quand tout vacille.
À mesure que la technologie et la compétition évoluent, ce duel entre anticipation et sang-froid promet de gagner encore en intensité — sur l’asphalte comme sur l’échiquier.
Foire aux Questions
❓ Pourquoi dit-on que la Formula E ressemble aux échecs ?
Parce que le pilote doit anticiper plusieurs scénarios, réagir aux choix des adversaires et ajuster sa stratégie en continu, notamment via la gestion d’énergie et la lecture de course.
❓ Qu’est-ce que le simulateur « driver-in-the-loop » (DiL) en Formula E ?
C’est un outil de préparation où le pilote pilote virtuellement avec une boucle de retour réaliste. Les pilotes y passent du temps car, en course, ils doivent traiter beaucoup d’informations tout en pilotant.
❓ Pourquoi la gestion d’énergie est-elle si centrale en Formula E ?
Le résultat se joue souvent sur la capacité à consommer la bonne quantité d’énergie au bon moment. Les équipes échangent même certains éléments en code à la radio, les communications pouvant être entendues par tous.
❓ Les échecs sont-ils vraiment « physiques » ?
Pas au sens du risque de blessure, mais l’effort est réel : après des heures de concentration, surtout avec la pression du temps, la fatigue mentale peut devenir extrême.
❓ Les échecs sont-ils un sport individuel ou collectif ?
Le joueur est seul devant l’échiquier, mais la préparation peut mobiliser des entraîneurs et une équipe d’analyse qui travaille pendant des heures sur les lignes probables de l’adversaire.
Dernier coup de maître : transformer l’énergie calculée en mobilité choisie. Votre rêve automobile — une Porsche 911 — se joue en LOA/LLD sans sacrifier la stratégie. Découvrez les offres sur Joinsteer.














