En 12 ans d’existence, la Formule E a accompli énormément. Mais elle traîne aussi une réputation tenace : celle d’une discipline capable de se tirer une balle dans le pied avec une rapidité déconcertante.

La lettre incendiaire envoyée à Mohammed Ben Sulayem et signée par les 20 pilotes du plateau remet brutalement cette fragilité sous les projecteurs, au moment même où tous les voyants semblaient repasser au vert sur le plan technique, sportif et industriel.

La rébellion des pilotes de Formule E prolonge l’habitude d’auto-sabotage de la série

🧨 Une discipline brillante… qui se complique souvent la vie

Les précédents ne manquent pas. La Formule E s’est déjà retrouvée freinée par des calendriers morcelés, des courses organisées sur le mode « one-and-done », des campagnes marketing jugées étranges (dont un épisode resté dans les mémoires : une voiture jetée d’un avion), ou encore des reprises d’équipes confuses, à l’image du fiasco Maserati MSG évoqué la saison passée.

Jusqu’ici, un socle semblait toutefois solide : la qualité des pilotes et une forme d’unité autour de l’idée que la discipline devait grandir de manière progressive.

C’est précisément ce qui rend la crise actuelle aussi marquante : voir l’intégralité des 20 pilotes se ranger derrière un courrier adressé au sommet de la FIA dépasse la simple tension passagère.

🕰️ Ce n’est pas la première flambée « syndicale » en Formule E

Fait notable, cette séquence n’est pas sans précédent. Un épisode désormais oublié remonte à Punta del Este, en mars 2018. À l’époque, les pilotes envisageaient une forme « d’action industrielle » : potentiellement, boycotter une séance d’essais. Finalement, cela n’avait pas eu lieu.

Le cœur du problème était très concret et touchait à la sécurité. Les équipes cherchaient à gagner du temps lors du changement de voiture en « raccourcissant » la mise en place des ceintures. Après la suppression du temps minimum d’arrêt au stand à la suite du Mexico City E-Prix précédent, des mécanismes improvisés, allant jusqu’à des systèmes de serre-câbles, étaient utilisés. Les pilotes estimaient, à juste titre, que cela mettait leur intégrité physique en jeu.

La légende du paddock raconte qu’un pilote — et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agissait de l’un des dix champions de l’histoire de la discipline — avait directement appelé Jean Todt, alors président de la FIA, depuis le circuit uruguayen. Todt aurait décroché, puis coupé court en moins d’une minute, concluant par une formule sèche en deux syllabes, sans équivoque sur son absence de temps… et de patience.

🌱 2026 : tout allait (enfin) dans le bon sens

Neuf ans plus tard, le contexte paraissait nettement plus porteur. Jeff Dodds, le CEO de la Formule E, et ses équipes préparaient la tournée européenne du championnat du monde. La Gen4 était unanimement saluée lors des premiers essais. Opel se préparait à entrer dans l’aventure comme nouvelle marque. Et la dernière saison de Gen3 semblait se diriger vers une nouvelle lutte pour le titre, avec plusieurs prétendants.

Ajoutez à cela un contexte favorable côté Formule 1 : le démarrage agité de sa nouvelle ère électrifiée, avec des voitures qui divisent autant les fans que certains des pilotes les plus talentueux. Pour la Formule E, l’opportunité était réelle : capter l’attention, raconter une trajectoire claire, et se présenter comme une vitrine cohérente de l’innovation électrique.

L’image était presque parfaite : comme une prise géante prête à être branchée, il ne manquait qu’un geste collectif pour « allumer » la dynamique.

📩 Puis la lettre tombe : la crise devient le sujet numéro 1

Et c’est à cet instant que la lettre adressée à Mohammed Ben Sulayem arrive, transformant les affaires internes de la discipline en principal sujet de la saison, de très loin.

On comprend aisément pourquoi Jeff Dodds serait, selon plusieurs échos, profondément déçu. D’autant qu’il avait déjà essayé de gérer, en amont, les tensions d’image.

🍪 Le cas Ticktum : un avertissement qui n’a pas suffi

Il a ainsi été rapporté le mois dernier que Dodds avait convoqué Dan Ticktum — l’enfant terrible (celui de tout le monde) — dans son bureau à Hammersmith, à Londres, pour une discussion « et un biscuit ».

Le message était implicite mais clair : la Formule E est une compétition, mais aussi une marque et un produit, et elle constitue également un refuge pour une carrière aussi brillante qu’erratique.

Ce que Dodds n’avait probablement pas anticipé, c’est que quelques semaines après cet échange — survenu après de nouvelles critiques publiques de Ticktum au sujet des standards de pilotage et de sa perception d’un niveau d’arbitrage insuffisant — il se retrouverait face à une fronde collective : les 19 autres pilotes exposant leurs griefs directement au dirigeant le plus puissant du sport automobile mondial.

🧊 Distances publiques, mais tempête médiatique

Officiellement, la Formule E prend ses distances avec la lettre. Les équipes et les constructeurs — qui, fait frappant, n’étaient pas au courant de l’envoi — font de même. Jeff Dodds ne s’est pas exprimé publiquement à ce stade, mais tout indique qu’il pourrait chercher, à l’instar de la FIA, à minimiser l’affaire.

Dans les faits, la discipline est désormais plongée dans la tourmente. Que les pilotes aient raison ou non sur le fond, l’impact d’image est immédiat : cela ne renvoie pas l’image « très polie » d’un championnat du monde qui, à ce stade, devrait afficher une maturité supérieure.

🗓️ Un timing particulièrement mal choisi

Autre problème : le calendrier. Après Jarama ce week-end, la Formule E entrera dans une ‘spring break’ de six semaines. Ce n’est pas le plus long des creux qu’elle ait connus, mais cela reste une période sans course significative, au moment où l’ensemble du sport auto sort de son sommeil hivernal.

Point positif toutefois : la discipline a décidé de présenter officiellement la Gen4 fin avril, lors d’un événement dont la confirmation est imminente. Ce lancement interviendrait alors que la F1 serait en état d’hibernation forcée en raison de la crise du Golfe, offrant à la Formule E une fenêtre rare où la « piste de danse » médiatique est largement libre.

🏎️ F1 vs Formule E : pas des rivales… mais une trajectoire qui compte

Sur le plan strictement compétitif, F1 et Formule E ne sont pas vraiment des rivales. Mais une question stratégique émerge : si l’ambition de Liberty Global et l’ouverture technique permise par la FIA conduisent à une croissance exponentielle de la technologie, alors l’ère Gen5 (environ 2030-2034) pourrait rapprocher la F1 de la Formule E en vitesse et en spectacle. Et, à ce moment-là, que se passera-t-il ?

Cette perspective se prépare dès maintenant. Il reste beaucoup à régler, notamment la hausse des coûts pour les équipes qui ne parviennent pas à atteindre la rentabilité, saison après saison. Mais la trajectoire industrielle semble solide : six constructeurs (Jaguar, Nissan, Stellantis, Mahindra, Porsche et Lola), huit marques (les six précédentes plus Opel et Citroën) et quatre équipes indépendantes de premier plan (Envision, Andretti, Penske et Kiro) sont annoncés vers la Gen4 cet hiver.

La question qui dérange est donc simple : à force de disputes internes et de crises évitables, la Formule E ne risque-t-elle pas de quitter des yeux la trajectoire de sa propre balle ?

🔋 L’exemple BYD et le débat clé : la liberté des batteries

Un exemple récent illustre l’enjeu. Un rapport de Bloomberg a associé le fabricant chinois de batteries et de véhicules électriques BYD, non pas à la Formule E, mais à une possible entrée en F1 et en Championnat du monde d’endurance.

Pourquoi ? Probablement parce que ces deux vitrines paraissent plus attractives, y compris sur le plan commercial. Un autre élément pèse : en F1, les batteries sont libres et ouvertes, tandis qu’en Formule E elles restent monotypes, au minimum jusqu’en 2030.

Sur ce point, Thomas Laudenbach, responsable de Porsche Motorsport, est cité comme une voix particulièrement engagée techniquement : il défend l’idée que la Formule E doit, avec responsabilité financière, envisager d’accroître son ouverture technologique plus tôt plutôt que plus tard.

🤝 Jarama comme test de maturité

La tension actuelle entre pilotes et officiels peut être vue comme une affaire interne. Tout indique qu’une résolution pourrait intervenir dès ce week-end à Jarama, dans une forme proche d’un accord à l’amiable.

Pour la Formule E, il n’y a guère d’alternative : son réflexe d’auto-sabotage doit être contenu si elle veut s’affirmer comme une proposition sportive mature, alors qu’elle entre dans sa deuxième décennie et cherche à gagner en coordination et en alignement, entre compétiteurs et organisateurs.

🌟 Conclusion : transformer la crise en accélérateur

La Formule E dispose d’atouts rares : un plateau de pilotes de très haut niveau, une feuille de route technologique ambitieuse et un socle industriel de plus en plus solide. Reste à prouver qu’elle sait gérer ses propres secousses sans se fragiliser publiquement.

Si l’épisode actuel se referme intelligemment, il peut devenir un point de bascule : celui d’un championnat qui apprend, se structure et se projette. L’avenir appartient à ceux qui savent convertir la tension en énergie.

❓ Foire aux Questions

Pourquoi la lettre des pilotes fait-elle autant de bruit ?

Parce qu’elle est signée par l’ensemble des 20 pilotes et qu’elle vise directement Mohammed Ben Sulayem. Ce front commun est rare et place la discipline au centre d’une controverse publique, avec un impact immédiat sur l’image du championnat.

La Formule E a-t-elle déjà connu des menaces d’action collective ?

Oui. En mars 2018 à Punta del Este, des pilotes avaient envisagé une action symbolique, comme s’absenter d’une séance d’essais, sur fond d’inquiétudes liées à la sécurité lors des changements de voiture et à l’utilisation de systèmes improvisés sur les ceintures.

Pourquoi le calendrier est-il un problème dans cette affaire ?

Après Jarama, une pause de six semaines est prévue. Le risque est de laisser la polémique occuper l’espace sans contrepoids sportif immédiat, au moment où la saison de sport automobile redémarre ailleurs.

Qu’est-ce que la Gen4 et pourquoi son lancement compte-t-il ?

La Gen4 est la prochaine génération de voitures de Formule E. Les premiers essais sont très bien perçus et une présentation officielle est attendue fin avril, à un moment où la F1 pourrait être à l’arrêt, donnant une fenêtre de visibilité précieuse.

Pourquoi parle-t-on de liberté des batteries et de BYD ?

Un rapport de Bloomberg a évoqué BYD plutôt du côté de la F1 et de l’endurance. Parmi les explications possibles, l’attractivité commerciale et la liberté technique : la F1 autorise des batteries ouvertes, tandis que la Formule E restera sur une batterie unique au moins jusqu’en 2030.

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