đ MercedesâAlpine : ce qui se joue vraiment derriĂšre les discussions de rachat en F1

Une partie du capital de lâĂ©curie Alpine en Formule 1 est sur le marchĂ© depuis un moment, et les discussions ont pris une tournure inattendue rĂ©cemment : Mercedes figure dĂ©sormais parmi les candidats potentiels. Mais contrairement aux rumeurs, le sujet ne tournerait pas autour dâun projet dâ« Ă©curie sĆur » â lâenjeu serait avant tout de long terme, et surtout financier.
đŒ Un paquet dâactions Alpine remis en jeu
LâĂ©lĂ©ment dĂ©clencheur, câest la volontĂ© du fonds minoritaire Otro Capital de cĂ©der sa participation dans Alpine F1. Otro avait acquis 24% du capital en 2023, via un investissement qui avait aussi attirĂ© lâattention grĂące Ă des soutiens mĂ©diatiques, notamment des acteurs Ryan Reynolds et Michael B. Jordan.
Le timing sâexplique par lâenvolĂ©e des valorisations en Formule 1 : les Ă©quipes sont dĂ©sormais Ă©valuĂ©es Ă des niveaux pouvant dĂ©passer 1 milliard de dollars, ce qui rend lâopĂ©ration potentiellement trĂšs attractive pour un actionnaire souhaitant « cash out ».
𧩠Plusieurs acheteurs, et une rivalité qui rebondit
Plusieurs parties se sont positionnĂ©es pour racheter ces parts. Durant lâhiver, le nom le plus associĂ© au dossier a Ă©tĂ© celui de Christian Horner, ancien patron de Red Bull, avec des discussions qui auraient mĂȘme atteint un stade avancĂ©. LâidĂ©e dâun retour en F1 via une participation au capital semblait alors plausible.
Mais pendant le week-end du Grand Prix dâAustralie, un nouveau rebondissement est apparu : Toto Wolff et Mercedes seraient aussi entrĂ©s dans la course, selon des informations rĂ©vĂ©lĂ©es par The Daily Telegraph. De quoi alimenter immĂ©diatement les spĂ©culations : simple investissement, stratĂ©gie dâinfluence, ou prĂ©mices dâune deuxiĂšme structure liĂ©e Ă Mercedes sur la grille ?
Au fil des Ă©lĂ©ments disponibles, la piste dâun bouleversement sportif majeur paraĂźt pourtant exagĂ©rĂ©e. Le dossier serait moins spectaculaire quâil nây paraĂźt, et davantage orientĂ© vers la sĂ©curitĂ© Ă long terme.
đą Un projet Mercedes, pas un projet personnel de Toto Wolff
Point clĂ© : lâoption Ă lâĂ©tude serait envisagĂ©e du point de vue de Mercedes plutĂŽt que comme une initiative personnelle de Toto Wolff. Wolff est dĂ©jĂ trĂšs impliquĂ© en tant quâactionnaire minoritaire de lâĂ©curie Mercedes, et rien nâindique quâil cherche Ă multiplier les participations ailleurs.
Rappel du contexte capitalistique cĂŽtĂ© Mercedes : lâan dernier, Wolff a bouclĂ© un accord de 300 millions de dollars avec George Kurtz (CEO et fondateur de CrowdStrike). Kurtz a pris 15% de Motorsport Invest Limited (MIL), la holding qui contrĂŽle 33% de lâĂ©quipe Mercedes F1. Cela revient Ă donner Ă Kurtz environ 5% dâintĂ©rĂȘt Ă©conomique dans lâĂ©quipe, mĂȘme si son accord ne se fait pas directement avec lâĂ©curie.
Autrement dit, Wolff semble aujourdâhui solidement installĂ© et concentrĂ© sur la stabilitĂ© du projet Mercedes existant.
đ§ Pourquoi Alpine intĂ©resse Mercedes : moteurs, clients et stabilitĂ©
Vu cĂŽtĂ© Mercedes, prendre une participation dans Alpine pourrait renforcer sa position auprĂšs dâune Ă©quipe cliente. Sur le plan Ă©conomique, fournir des groupes propulseurs Ă des Ă©quipes clientes nâest pas un gros moteur de profit en F1, notamment Ă cause des plafonds de prix imposĂ©s par le rĂšglement.
Mais une prise de participation pourrait donner plus de poids et de solidité à la relation, en ancrant Alpine comme partenaire sur la durée.
Important : lâidĂ©e selon laquelle Alpine deviendrait une Ă©quipe junior ou « sĆur » de Mercedes serait, Ă ce stade, considĂ©rĂ©e comme largement Ă cĂŽtĂ© de la rĂ©alitĂ©. Lâoption Ă©valuĂ©e â et qui est loin dâĂȘtre finalisĂ©e â ressemblerait davantage Ă un montage purement financier.
đ Mercedes veut rĂ©duire le nombre dâĂ©quipes clientes
Ce dossier doit aussi se lire avec une autre tendance : Mercedes est connue pour vouloir rĂ©duire le nombre dâĂ©quipes auxquelles elle fournit des moteurs.
Actuellement â et jusquâĂ la fin du cycle de rĂ©glementation en cours â Mercedes fournit quatre Ă©quipes : Mercedes, McLaren, Williams et Alpine.
Toto Wolff a indiquĂ© que le nombre optimal serait « entre deux et trois », ce qui impliquerait de mettre fin Ă lâun des partenariats actuels lorsque les prochains contrats devront ĂȘtre discutĂ©s.
Dans cette logique, une entrĂ©e au capital dâAlpine renforcerait mĂ©caniquement le lien entre lâĂ©quipe appartenant Ă Renault et Mercedes, et rendrait plus cohĂ©rente la prolongation de la fourniture moteur. Si cela se concrĂ©tisait, la bataille pour le dernier « slot » client Mercedes pourrait alors se jouer entre Williams et McLaren.
đ Des nĂ©gociations encadrĂ©es⊠et loin dâĂȘtre bouclĂ©es
Un Ă©lĂ©ment contractuel pĂšse sur le calendrier : dans le cadre de lâaccord initial dâOtro, toute vente de la participation avant septembre devrait ĂȘtre approuvĂ©e par Renault, propriĂ©taire dâAlpine.
Câest pourquoi les discussions avec les parties intĂ©ressĂ©es impliqueraient le CEO de Renault, Francois Provost. CĂŽtĂ© Alpine, Flavio Briatore (conseiller exĂ©cutif) est prĂ©sentĂ© comme pleinement au courant de la situation.
Au Grand Prix de Chine, Briatore a insistĂ© sur un point : les Ă©changes portent sur Mercedes, pas sur Toto Wolff Ă titre personnel â tout en rappelant que dâautres candidats sont encore en lice :
« Câest la nĂ©gociation venant de Mercedes. Pas avec Toto. Avec Mercedes. On verra. En ce moment, on a trois ou quatre acheteurs potentiels. »
Avec plusieurs parties intĂ©ressĂ©es et un droit de regard de Renault Ă ce stade, lâissue reste incertaine. Et du cĂŽtĂ© de Mercedes, le message serait prudent : lâĂ©tude est sĂ©rieuse, mais il sâagit encore dâune Ă©valuation, pas dâune dĂ©cision actĂ©e.
đ Conclusion
Au-delĂ des rumeurs, le dossier MercedesâAlpine ressemble dâabord Ă une question dâalignement financier et de stabilitĂ© stratĂ©gique, avec en toile de fond la gestion des Ă©quipes clientes et des accords moteurs. Si lâopĂ©ration aboutit, elle pourrait rebattre certaines cartes Ă moyen terme, sans forcĂ©ment transformer Alpine en « satellite » sportif.
La suite dĂ©pendra des arbitrages de Renault, de la concurrence des autres acheteurs et du cap que Mercedes souhaite tenir â une chose est sĂ»re : la F1 continue dâattirer des dĂ©cisions dâinvestissement oĂč la vision long terme fait la diffĂ©rence.
â Foire aux Questions
Pourquoi une part dâAlpine F1 est-elle Ă vendre ?
Parce que lâactionnaire minoritaire Otro Capital, entrĂ© au capital en 2023 avec 24%, cherche Ă cĂ©der sa participation, dans un contexte oĂč la valorisation des Ă©quipes de F1 a fortement augmentĂ©.
Mercedes veut-elle transformer Alpine en Ă©quipe sĆur ?
Les Ă©lĂ©ments disponibles indiquent que non. Lâoption Ă©voquĂ©e serait plutĂŽt une opĂ©ration Ă caractĂšre financier, et non la crĂ©ation dâune structure junior/sĆur sur la grille.
Quel est lâintĂ©rĂȘt de Mercedes Ă renforcer un lien avec Alpine ?
Une participation au capital donnerait Ă Mercedes une position plus solide auprĂšs dâune Ă©quipe cliente. Cela peut sĂ©curiser un partenariat moteur dans le temps, mĂȘme si la fourniture de moteurs est encadrĂ©e par des plafonds de prix.
Combien dâĂ©quipes Mercedes motorise-t-elle actuellement ?
Quatre : Mercedes, McLaren, Williams et Alpine, au moins jusquâĂ la fin du cycle rĂ©glementaire actuel.
Pourquoi Renault a-t-il son mot Ă dire dans la vente ?
Parce que lâaccord initial autour de la participation dâOtro prĂ©voirait quâune vente avant septembre doit ĂȘtre approuvĂ©e par Renault, propriĂ©taire dâAlpine.
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