À Miami Beach, le promoteur immobilier fortuné Jeffrey Soffer pousse depuis des mois pour construire un parc aquatique géant à côté de son hôtel historique, le Fontainebleau. Pour beaucoup de riverains, c’était le pire scénario possible. Ils ont résisté, fort.

Et pourtant, il est en train de gagner. Pas grâce à un débat public exemplaire. Grâce à quelques lignes ajoutées au dernier moment dans une loi majeure d’urbanisme portée par un élu de Floride.

Depuis des mois, habitants et responsables locaux se battaient contre le projet. En cause : une forêt de toboggans, dont un culminant à près de 30 mètres, avec la promesse quasi certaine d’encore plus de trafic dans un quartier déjà saturé. Et surtout, un choc esthétique : le Fontainebleau est inscrit au registre national des sites historiques. Les voisins ont manifesté et multiplié les interventions en réunion publique pour exiger un rejet.

Face à la pression, Fontainebleau Development a d’abord repoussé l’examen du dossier par la commission locale de préservation historique. Puis le groupe a changé de terrain : le Capitole de Floride. Résultat : sept lobbyistes recrutés, et une stratégie simple — obtenir une porte d’entrée législative.

Le projet n’avait, au départ, rien à voir avec le texte débattu à Tallahassee. Mais le sponsor du texte, le député républicain David Borrero (élu d’une zone de Miami), a travaillé avec au moins l’un des lobbyistes pour ajouter un amendement qui permettrait de faire passer le parc aquatique en tant qu’« aménagement » lié aux activités d’hébergement des resorts, selon des déclarations rapportées dans la presse locale.

Le 13 mars, dernier jour de la session, les parlementaires ont adopté le texte. Soffer empoche une victoire — reste la signature du gouverneur Ron DeSantis. Borrero n’a pas répondu aux demandes de commentaires sur son rôle dans ces changements de dernière minute.

« Miami Beach n’est pas Disney World », a lâché le commissaire municipal Alex Fernandez dans un mail à ses administrés. « On doit se demander comment le Parlement peut autoriser un parc aquatique commercial démesuré, juste sous les fenêtres et les chambres des habitants. »

Cette affaire met à nu une tension explosive : d’un côté, ceux qui défendent le patrimoine et l’identité architecturale de Miami Beach ; de l’autre, des développeurs qui veulent “booster l’attractivité” avec toujours plus de divertissement pour des millions de touristes. Et surtout : elle montre la puissance brute de l’argent quand il se transforme en influence politique.

Dans une déclaration transmise par email, Fontainebleau Development affirme que la nouvelle loi s’applique « largement » à d’autres resorts, et que son adoption démontre le « fort soutien » de la Floride à l’industrie hôtelière, moteur d’emplois, d’investissement et d’activité économique locale.

« Donateur massif »

Depuis l’arrivée de Ron DeSantis au poste de gouverneur en 2019, le Parlement de Floride, dominé par les républicains, a progressivement réduit la marge de manœuvre des municipalités et des comtés sur des sujets très divers — de la régulation des plastiques à certaines politiques locales en matière d’immigration.

« C’est un nouvel exemple de la manière dont un donateur massif obtient du Parlement ce qu’il veut », a déclaré le sénateur Shevrin Jones, démocrate représentant une partie de Miami Beach, juste avant l’adoption de la mesure.

Soffer a versé 1 million de dollars en 2023 à la campagne présidentielle (finalement avortée) de DeSantis — soit environ 920 000 €. Il a aussi financé des structures politiques soutenant des élus de Floride.

Jeffrey Soffer est le fils du promoteur Don Soffer, connu pour avoir planifié et développé la ville d’Aventura, au nord de Miami. Jeffrey s’est séparé du reste des activités familiales avec ses frères et sœurs et a conservé, notamment, l’actif Fontainebleau.

Le parc aquatique est sa dernière tentative pour muscler l’offre “divertissement” du Fontainebleau, hôtel devenu un symbole du glamour de Miami Beach dès les années 1950, avec une liste de célébrités à faire pâlir un musée.

Le projet, annoncé l’an dernier sous l’étiquette « extension du pool deck », a été retouché pour calmer — en apparence — les critiques. Il pourrait compter jusqu’à 11 toboggans, avec un sommet annoncé à 99 pieds (environ 30 mètres). Le dossier inclut aussi une rangée de cabanas sur deux niveaux, installées le long de la piscine, au pied de la façade iconique incurvée, typique du modernisme du milieu du XXe siècle.

Jeffrey Soffer Jeffrey Soffer, dirigeant de Fontainebleau Resorts LLC, photographié au Fontainebleau Las Vegas en septembre 2023.

Ce virage “familles et sensations” tranche avec l’ADN actuel du Fontainebleau : grandes conférences business, lobby bar animé, et surtout le nightclub voisin LIV — avec une amplitude horaire qui va de 23h à 5h du matin.

Et ce n’est pas le premier bras de fer de Soffer avec Miami Beach. Son rêve de longue date : ouvrir un casino au Fontainebleau. Il a déjà tenté de passer par le Parlement pour y arriver, en poussant des textes destinés à transférer une licence de jeu depuis une salle de gambling sans prestige (et un ex-site de courses de lévriers) situé à environ 30 kilomètres au nord, qu’il avait racheté des années plus tôt.

Mais à chaque tentative, la réaction locale a été violente. Même le milliardaire Ken Griffin, fondateur de Citadel et nouvel arrivant en Floride, a publiquement démoli l’idée, la comparant à « déverser des déchets toxiques », estimant que « les casinos urbains abîment les communautés ».

Soffer a fini par ouvrir un casino… mais à plus de 3 200 kilomètres, à Las Vegas.

Foire Aux Questions

Pourquoi le parc aquatique du Fontainebleau fait-il polémique à Miami Beach ?

Parce qu’il serait implanté au bord d’un hôtel historique dans une zone résidentielle dense. Les opposants dénoncent un projet jugé hors échelle, générateur de trafic et incompatible avec le caractère patrimonial du site.

Comment le projet a-t-il été débloqué malgré l’opposition locale ?

Via un amendement ajouté à une loi d’urbanisme au niveau de l’État de Floride, permettant d’autoriser ce type d’aménagement pour des resorts. En clair : contournement de l’arène locale, passage par la voie législative.

Quel rôle jouent les lobbyistes dans cette affaire ?

Selon l’article, le groupe a recruté plusieurs lobbyistes pour travailler au Parlement de Floride et soutenir l’ajout d’un amendement favorable. C’est un cas d’école : influence, timing, texte législatif, victoire.

Quelle est la hauteur annoncée des toboggans et l’ampleur du projet ?

Le projet évoque jusqu’à 11 toboggans, avec un point culminant à environ 30 mètres (99 pieds), plus des cabanas sur deux niveaux, le tout sur le complexe piscine.

Le Fontainebleau peut-il aussi devenir un casino à Miami Beach ?

Le promoteur a déjà tenté à plusieurs reprises de faire évoluer la législation pour obtenir une licence de jeu à Miami Beach, sans succès à ce jour. Il a en revanche ouvert un casino à Las Vegas.

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