Nouvelle annĂ©e, mĂȘme question : pourquoi Porsche est-elle si redoutable Ă  l’AutĂłdromo Hermanos RodrĂ­guez, Ă  Mexico City ?

Comme l’ambiance du « DĂ­a de los Muertos », le sujet traĂźne une part de mythologie : y a-t-il un “truc” Porsche dans l’air rare de l’altitude mexicaine, ou simplement une Ă©quipe qui exĂ©cute mieux que les autres ?

Le plus probable : pas de secret unique, mais un ensemble de facteurs techniques et opérationnels qui, mis bout à bout, expliquent une série de résultats impressionnante.

đŸ§™â€â™‚ïž La lĂ©gende du “truc” Ă  haute altitude

Le rĂ©cit est facile Ă  vendre : Porsche aurait quelque chose de spĂ©cial au Mexique. Un avantage de chaĂźne de traction amplifiĂ© par l’altitude, une astuce de pression de pneus, une particularitĂ© de dynamique vĂ©hicule, voire « les onduleurs »  et la rumeur s’auto-entretient.

Pourtant, la lecture la plus crĂ©dible est beaucoup moins mystique : l’efficacitĂ© de la 99X Electric, sa motricitĂ© et sa capacitĂ© Ă  faire pivoter la voiture dans les zones clĂ©s, une comprĂ©hension fine du caoutchouc et de la surface de piste, et des week-ends trĂšs solides sur le plan opĂ©rationnel (souvent en dĂ©but de saison) contribuent ensemble Ă  cette rĂ©ussite.

À l’image de l’excellence de Jaguar Ă  l’ExCeL de Londres (quatre victoires sur les six derniĂšres courses), Porsche a Ă©tĂ© dans une forme exceptionnelle Ă  Mexico sur les cinq derniĂšres saisons.

Dissiper les mythes d’un impressionnant palmarùs en Formula E

📊 Un palmarùs qui nourrit le mythe

📍 Les faits marquants à Mexico City

2020 : pole position (Andre Lotterer)
2022 : arrivée 1-2 (Pascal Wehrlein ; Lotterer)
2023 : arrivée 1-2-4 (Jake Dennis (Andretti) ; Wehrlein ; Lotterer (Andretti))
2024 : pole position ; victoire (Wehrlein)
2025 : pole position, verrouillage de la premiÚre ligne (Wehrlein ; da Costa) ; arrivée 2-3-4 (Da Costa ; Wehrlein ; Dennis)

đŸŒŹïž Altitude : fausse piste
 sauf peut-ĂȘtre un dĂ©tail

La thĂšse “altitude = avantage automatique” ne tient pas vraiment. Dans une formule turbo ou atmosphĂ©rique, l’argument serait Ă©vident, mais ici ce n’est pas le bon raccourci.

Un seul point pourrait, Ă©ventuellement, offrir un micro-avantage : un systĂšme de refroidissement trĂšs performant, plus efficace quand la densitĂ© de l’air baisse. Mais il n’y a pas d’élĂ©ments concrets pour en faire une certitude.

🛞 Les tangibles : motricitĂ© et rotation aux endroits qui comptent

Regardons plutĂŽt ce qui se voit sur la piste. La Porsche 99X Electric est trĂšs forte en traction, un atout majeur dans la sĂ©quence lente des virages 5-6, et Ă  nouveau dans le dernier secteur, au cƓur du complexe du Foro Sol.

La capacitĂ© de la voiture Ă  pivoter (Ă  “tourner” efficacement) dans ces zones est dĂ©terminante. DS avait montrĂ© une dextĂ©ritĂ© de rotation impressionnante la saison derniĂšre, avec une traction du mĂȘme niveau. Et Mahindra laisse entrevoir, en ce dĂ©but de saison, qu’elle pourrait rejoindre ce groupe de voitures particuliĂšrement agiles lĂ  oĂč cela fait la diffĂ©rence.

Dissiper les mythes d’un impressionnant palmarùs en Formula E

đŸ€ L’invisible : une exĂ©cution d’équipe dĂ©jĂ  affĂ»tĂ©e

Autre facteur moins spectaculaire : le travail collectif. CoĂŻncidence ou non, Mexico City tombe souvent trĂšs tĂŽt dans la saison, et Porsche paraĂźt rĂ©guliĂšrement “prĂȘte” dĂšs les premiers tours, dĂšs le shakedown ou les essais libres.

Maximiser le temps de piste est une Ă©vidence, mais ce sont surtout les petits gains organisationnels et l’exĂ©cution fluide du programme qui font la diffĂ©rence sur un week-end aussi exigeant.

🧠 Logiciel, contrĂŽles et gestion d’énergie : l’arme de fond

La 99X Electric se montre solide sur un tour, mais aussi — et surtout — sur le rythme et la consommation d’énergie, oĂč elle sert de rĂ©fĂ©rence. Cela se voit particuliĂšrement dans la longue courbe finale Ă  droite, la Peraltada, reconfigurĂ©e pour la Formula E et toujours piĂ©geuse.

Par le passĂ©, Edoardo Mortara et Maximilian GĂŒnther ont dĂ©jĂ  perdu le contrĂŽle de leur monoplace en sortie de ce virage. Tout peut basculer en une fraction de seconde. La qualification est un exercice, la course en est un autre : il faut le bon mĂ©lange de vitesse et de maĂźtrise Ă©nergĂ©tique pour arriver sur cette portion, l’encaisser, et en ressortir proprement. Porsche excelle dans cet art.

« La bonne performance en conditions de course Ă  l’AutĂłdromo Hermanos RodrĂ­guez est toujours dĂ©finie par la performance dans le dernier virage », estime Albie Lau, ancien ingĂ©nieur en chef passĂ© par Mercedes et McLaren, aujourd’hui voix technique Ă  la tĂ©lĂ©vision en Formula E.
« Si la gestion voiture/Ă©nergie est bonne lĂ , cela rapporte Ă©normĂ©ment sur l’énergie. Le simple timing du lever de pied, et l’ampleur de ce lever de pied, fait ou dĂ©fait la course du point de vue Ă©nergĂ©tique. »

En revisionnant certains des meilleurs tours de Porsche ces derniĂšres saisons, la diffĂ©rence saute aux yeux : quand des rivaux corrigent beaucoup au volant pour “sentir” l’adhĂ©rence, Wehrlein, lui, semble multiplier les micro-ajustements et rĂ©appliquer l’accĂ©lĂ©rateur avec une modulation nettement plus douce.

⚔ Porsche n’est pas invincible : l’exemple Rowland

Cette piste n’est pas un royaume imprenable. Oliver Rowland l’a dĂ©montrĂ© l’an dernier en battant les Porsche — mĂȘme si deux neutralisations ont influencĂ© le scĂ©nario.

Il y a aussi eu des tensions internes entre Wehrlein et AntĂłnio FĂ©lix da Costa la saison derniĂšre, quelques semaines aprĂšs une brouille sĂ©rieuse Ă  SĂŁo Paulo, lorsqu’un incident sur la parade des pilotes avait mal tournĂ©.

À Mexico City, da Costa ne voulait pas jouer les seconds rĂŽles. L’échange des Attack Modes et la position en piste qui en a rĂ©sultĂ© n’ont pas Ă©tĂ© apprĂ©ciĂ©s par Wehrlein. MalgrĂ© tout, ils ont terminĂ© deuxiĂšme et troisiĂšme. Et sans l’accrochage entre David Beckmann et Zane Maloney Ă  l’entrĂ©e du Foro Sol — dĂ©clenchant la deuxiĂšme neutralisation — Porsche aurait pu viser un 1-2 plus net.

À la place, les vĂ©hicules d’intervention ont dĂ©gagĂ© la Cupra Kiro-Porsche et cela a indirectement “sauvĂ©â€ Rowland, qui a ensuite dĂ©passĂ© de maniĂšre spectaculaire les deux Porsche officielles et Jake Dennis pour aller chercher la premiĂšre victoire de sa saison de titre. La course s’est transformĂ©e en sprint Ă  pleine attaque, ce qui a rĂ©duit l’avantage de Porsche en gestion d’énergie.

Au final, Porsche a Ă©tĂ© battue. Mais dans l’imaginaire et le respect du paddock, elle restait encore le « roi » du Mexique.

📈 2026 : la tñche la plus dure à Mexico ?

Wehrlein, Nico MĂŒller, Dennis et les autres pourraient bien rencontrer la version la plus compliquĂ©e de Mexico City pour Porsche cette saison. À mesure que les apprentissages autour de la Gen3 Evo s’épuisent, l’opposition devient plus lucide et moins disposĂ©e Ă  se laisser “donner la leçon” en dĂ©but de saison.

🔼 Conclusion

Le “mystĂšre” Porsche au Mexique ressemble moins Ă  une formule magique qu’à une addition : motricitĂ©, rotation dans les secteurs clĂ©s, contrĂŽle logiciel, exĂ©cution d’équipe et gestion d’énergie dans la Peraltada. Et si la concurrence se rapproche, c’est peut-ĂȘtre le signe le plus clair que la rĂ©fĂ©rence a bien Ă©tĂ© identifiĂ©e.

La suite s’annonce simple Ă  rĂ©sumer, mais difficile Ă  rĂ©aliser : comprendre Porsche ne suffira plus, il faudra la battre.

❓ Foire aux Questions

đŸ”ïž L’altitude de Mexico City avantage-t-elle forcĂ©ment Porsche ?

RĂ©ponse : Pas forcĂ©ment. L’idĂ©e d’un avantage automatique liĂ© Ă  l’air moins dense est jugĂ©e peu convaincante ici. Un petit bĂ©nĂ©fice pourrait exister via un refroidissement plus efficace Ă  faible densitĂ© d’air, mais rien ne permet de l’affirmer.

🛞 Pourquoi la motricitĂ© est-elle si importante sur ce circuit ?

RĂ©ponse : Parce que des zones clĂ©s demandent une excellente traction, notamment la sĂ©quence lente des virages 5-6 et le dernier secteur dans le Foro Sol. Une voiture qui remet la puissance au sol proprement y gagne du temps et Ă©conomise de l’énergie.

🔋 En Formula E, que signifie “bien gĂ©rer l’énergie” pendant un tour ?

RĂ©ponse : Cela consiste Ă  doser accĂ©lĂ©ration, vitesse de passage, et moments oĂč l’on “lĂšve le pied” pour limiter la consommation, tout en gardant un rythme Ă©levĂ©. Sur une piste comme Mexico, un bon Ă©quilibre peut faire la diffĂ©rence entre attaque et surconsommation.

🌀 Pourquoi la Peraltada (dernier virage) est-elle si dĂ©terminante ?

RĂ©ponse : C’est un long virage Ă  droite en configuration Formula E, exigeant en stabilitĂ© et en prĂ©cision. Une petite erreur peut coĂ»ter cher, et une bonne stratĂ©gie de lever de pied Ă  cet endroit influence directement l’énergie disponible ensuite.

⚡ Qu’est-ce que l’Attack Mode, et pourquoi cela a créé des tensions ?

RĂ©ponse : C’est un mode d’attaque activĂ© en course qui modifie la gestion de puissance et la stratĂ©gie. L’ordre et le moment d’activation influencent la position en piste. À Mexico City, l’alternance de ces activations et les positions obtenues n’ont pas Ă©tĂ© du goĂ»t de tous chez Porsche, mĂȘme si l’équipe a tout de mĂȘme signĂ© un gros rĂ©sultat.

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