Depuis 2024, une tendance s’affirme en Championnat du monde d’endurance (WEC) : sur les manches de six heures, davantage d’équipes Hypercar privilĂ©gient un Ă©quipage Ă  deux pilotes plutĂŽt qu’un trio. À SĂŁo Paulo l’an dernier, sept des 18 voitures engagĂ©es dans la catĂ©gorie reine Ă©taient partagĂ©es par des duos, et plusieurs nouveaux venus envisagent dĂ©sormais la mĂȘme approche.

À la fin de 2024, l’Automobile Club de l’Ouest (ACO) et la FIA ont mĂȘme briĂšvement envisagĂ© d’imposer trois pilotes par voiture, avant de renoncer. Reste la vraie question : aligner deux pilotes donne-t-il rĂ©ellement un avantage ?

📜 Ce que dit le rùglement

đŸŽïž LMGT3 : contrainte de catĂ©gorie et temps minimum

En LMGT3, un équipage de deux ou trois pilotes doit inclure au moins un pilote classé Bronze, plus soit un autre Bronze, soit un pilote Silver. Les pilotes Bronze et Silver doivent aussi respecter des temps de conduite minimum : 1h45, 2h20 et 2h55 respectivement pour des courses de 6, 8 et 10 heures.

🚀 Hypercar : liberté  sauf pour les Bronze

En Hypercar, la composition est libre Ă  condition de ne pas inclure de pilote Bronze. RĂ©sultat : hors 24 Heures du Mans, les Ă©quipages Ă  deux pilotes sont autorisĂ©s en WEC. En revanche, personne n’ose rĂ©ellement disputer une course de plus de six heures Ă  seulement deux.

Point important : si un pilote est inscrit mais ne participe pas du tout à la course, la voiture est disqualifiée (sauf cas de force majeure reconnu par les commissaires).

Aux 24 Heures du Mans, chaque pilote doit accomplir au minimum six heures de roulage, sans dépasser 14 heures au total, et ne peut pas conduire plus de quatre heures sur toute période de six heures.

Enfin, l’Article 13.2.3 du rĂšglement sportif prĂ©cise que, toutes catĂ©gories confondues, un pilote ayant roulĂ© moins de 45 minutes au total ne marque pas de points au championnat, en plus d’éventuelles autres pĂ©nalitĂ©s.

Le dilemme autour des équipages de pilotes en WEC

đŸ•°ïž Les duos en WEC : longtemps l’exception, parfois la nĂ©cessitĂ©

Dans le passĂ©, confier une voiture de pointe Ă  un duo arrivait ponctuellement. Rarement par choix : le plus souvent, c’était la consĂ©quence de l’absence d’un troisiĂšme pilote habituel, Ă  cause d’un conflit de calendrier avec une autre discipline, ou de problĂšmes de santĂ©.

Parmi les exemples marquants : l’Audi #2 en 2012 aprĂšs la retraite de Dindo Capello Ă  l’issue des 24 Heures du Mans, ou la Toyota #7 lorsque Kazuki Nakajima Ă©tait engagĂ© en Super GT ou en Formula Nippon. En 2014, aprĂšs l’éviction de Nicolas Lapierre, la Toyota #8 a terminĂ© la saison avec seulement SĂ©bastien Buemi et Anthony Davidson.

À l’ùre Hypercar, c’est Cadillac Racing qui a rĂ©ellement lancĂ© la tendance en 2024, en alignant un Ă©quipage Ă  deux pilotes sur toutes les courses de six heures.

Cette annĂ©e, Aston Martin et Porsche Penske Motorsport ont suivi cette voie. Quand BMW M Team WRT, Peugeot Sport ou Toyota Gazoo Racing ont alignĂ© des duos, c’était en raison de l’indisponibilitĂ© de l’un de leurs pilotes habituels.

Sur l’ensemble du WEC depuis sa relance dĂ©but 2012, seules cinq courses ont Ă©tĂ© remportĂ©es par des Ă©quipages Ă  deux pilotes, soit 4,9%.

La premiĂšre remonte Ă  2012 : Alex Wurz et Nicolas Lapierre ont offert Ă  Toyota sa toute premiĂšre victoire WEC Ă  SĂŁo Paulo. La plus rĂ©cente date des 6 Heures de Spa de l’an dernier : Will Stevens et Callum Ilott se sont imposĂ©s sur la Porsche 963 de l’équipe Jota sans Norman Nato, retenu par la Formula E.

Un équipage à deux pilotes en endurance : un choix qui se discute

⚖ Deux pilotes ou trois : les avantages
 et les contreparties

🔧 Moins de compromis dans le rĂ©glage, plus de temps de roulage

La saison passée, Porsche Penske Motorsport a opté pour des équipages à deux pilotes sur la majorité des courses de six heures. Une stratégie facilitée par son programme parallÚle en IMSA, qui lui permet de mobiliser ses pilotes IMSA pour les épreuves plus longues.

Urs Kuratle (responsable LMDh chez Porsche) rĂ©sume l’intĂ©rĂȘt : « C’était super positif. Vous avez une opinion de moins quand vous rĂ©glez la voiture, donc moins de compromis. C’est clairement mieux. Et les pilotes aiment ça car ils ont plus de temps de roulage, surtout en essais libres : plus de temps pour comprendre le set-up et davantage de tĂȘte-Ă -tĂȘte avec les ingĂ©nieurs. Mais pour Austin, qui est une course physique, nous avons dĂ©cidĂ© de revenir Ă  des Ă©quipages Ă  trois pilotes. »

Sur un week-end de course de six heures, les Ă©quipes ne disposent que de quatre heures d’essais libres : le temps de piste est donc comptĂ©, et les opportunitĂ©s de travailler de longs relais le sont encore plus.

đŸ„” Chaleur, fatigue et gestion d’un troisiĂšme pilote moins prĂ©parĂ©

Par forte chaleur, comme cela peut arriver Ă  Austin, l’option des trois pilotes a aussi une logique de fraĂźcheur physique. Andreas Roos (responsable BMW M Motorsport) estime ainsi : « Quand les conditions sont chaudes, c’est mieux d’avoir trois pilotes car ils sont plus ‘frais’ quand ils montent dans la voiture. Chacun a son avis, mais personnellement je ne vois pas d’avantage ou d’inconvĂ©nient clair Ă  l’une ou l’autre option. »

Un inconvĂ©nient majeur, surtout pour une Ă©quipe qui ne court pas aussi en IMSA, est que le troisiĂšme pilote arrive parfois moins prĂȘt que les deux autres et se retrouve cantonnĂ© Ă  un rĂŽle de remplaçant, sous pression. Cette dynamique pĂšse d’autant plus que la prĂ©paration des 24 Heures du Mans est centrale. C’est aussi pour cela qu’aux 6 Heures de Spa (derniĂšre course avant Le Mans et souvent considĂ©rĂ©e comme une rĂ©pĂ©tition gĂ©nĂ©rale), les Ă©quipes s’appuient gĂ©nĂ©ralement sur tous leurs pilotes.

🚩 Limites de piste : une pĂ©nalitĂ© liĂ©e au pilote, pas Ă  la voiture

Autre point moins intuitif : les pĂ©nalitĂ©s pour limites de piste sont attribuĂ©es au pilote, pas Ă  la voiture. En WEC, chaque pilote Ă©cope d’un drive-through aprĂšs sa cinquiĂšme infraction aux limites de piste pendant une course (ou la douziĂšme au Mans), qu’il y ait deux ou trois pilotes sur l’auto.

Exemple concret : aux 6 Heures de Fuji, la Porsche #5 a Ă©tĂ© touchĂ©e par ce mĂ©canisme. AprĂšs un drive-through infligĂ© Ă  Julien Andlauer pour rĂ©pĂ©tition d’infractions, Porsche Penske Motorsport a dĂ©cidĂ© de laisser Mathieu Jaminet au volant pendant les quatre derniĂšres heures afin d’éviter une nouvelle sanction associĂ©e Ă  un autre pilote.

đŸ§© Pourquoi ne pas imposer trois pilotes ?

Fin 2024, pour rĂ©duire les disparitĂ©s, l’ACO et la FIA ont envisagĂ© de rendre obligatoires les Ă©quipages Ă  trois pilotes. Mais avec quasiment aucun concurrent favorable, l’idĂ©e a vite Ă©tĂ© abandonnĂ©e.

Andreas Roos explique un frein majeur : « Tant qu’il y aura des conflits de calendrier avec l’IMSA et la Formula E, ce ne serait pas juste d’introduire une telle rĂšgle. Cela forcerait les Ă©quipes Ă  recruter plus de pilotes, donc Ă  augmenter les coĂ»ts. Je pense que c’est aux concurrents de dĂ©cider. »

Cette approche est largement partagĂ©e. Rendre les trios obligatoires impliquerait aussi de se dĂ©placer avec un pilote de rĂ©serve sur chaque Ă©preuve, comme Porsche Penske Motorsport l’avait fait en 2025.

Olivier Jansonnie (directeur technique Peugeot Sport) souligne une autre rĂ©alitĂ© opĂ©rationnelle : « Sur une course ‘standard’ de six heures, s’il arrive quelque chose Ă  l’un de vos pilotes, vous pouvez toujours retomber sur un duo. Mais si vous partez Ă  deux au lieu de trois, vous devez toujours avoir un remplaçant sur place au cas oĂč l’un des titulaires devait se retirer. »

🔼 Les tendances Ă  venir : 2026 dĂ©jĂ  rĂ©vĂ©latrice, 2027 en ligne de mire

La saison 2026 ne devrait pas ĂȘtre la plus complexe sur le plan des disponibilitĂ©s, puisqu’il n’y a pas de conflit entre le WEC et la Formula E (ce qui aurait pu impacter cinq pilotes). En revanche, un choc de calendrier existe entre le WEC (Imola) et l’IMSA (Long Beach) le week-end des 18-19 avril.

ConsĂ©quence : plusieurs voitures devraient rouler en duo en Italie, dont les BMW M Hybrid V8, avec Dries Vanthoor et Sheldon van der Linde engagĂ©s aux États-Unis. MĂȘme logique pour la Cadillac V-Series.R #38 avec Jack Aitken.

À ce stade, Aston Martin est la seule Ă©quipe Ă  avoir dĂ©cidĂ© de rouler Ă  deux pilotes sur toutes les courses de six heures. Alpine a longtemps envisagĂ© cette option avant de faire machine arriĂšre. Chez Genesis Magma Racing, nouvel arrivant de la catĂ©gorie, la situation reste ouverte.

Gabriele Tarquini (directeur sportif) prĂ©cise la mĂ©thode : « Nous attendons de voir Ă  quel point la voiture est compĂ©titive. Nous pourrions dĂ©cider course par course. Le positif du duo, c’est que les plus expĂ©rimentĂ©s ont plus de temps de roulage et peuvent continuer Ă  dĂ©velopper la voiture sur un week-end. Mais il faut aussi s’assurer que le troisiĂšme pilote est correctement intĂ©grĂ©. Tout est encore ouvert. »

Enfin, Ford et McLaren envisageraient aussi des Ă©quipages Ă  deux pilotes sur les courses de six heures lors de leur premiĂšre saison Hypercar en 2027. Zak Brown (PDG de McLaren Racing) a dĂ©clarĂ© Ă  la tĂ©lĂ©vision pendant la manche ELMS de Silverstone (4 Heures) : « En regardant et en parlant avec les pilotes au sujet de la majoritĂ© des courses, qui sont plus courtes, nous pensons qu’un Ă©quipage Ă  deux pilotes est la voie Ă  suivre. »

⏱ Le Mans et les Ă©quipages Ă  deux pilotes : une histoire plus ancienne qu’on ne le croit

Aussi surprenant que cela puisse paraĂźtre, les 24 Heures du Mans ont longtemps Ă©tĂ© disputĂ©es avec des Ă©quipages Ă  deux pilotes. Ce n’est qu’à la 39e Ă©dition qu’apparaĂźt officiellement un trio : Nicolas Koob, GĂŒnther Huber et Erwin Kremer, 10es en 1971 sur Porsche 911 S.

Il faut ensuite attendre 1977 (45e Ă©dition) pour la premiĂšre victoire d’un trio : la Porsche 936 #4 de JĂŒrgen Barth, Hurley Haywood et Jacky Ickx. À l’époque, Ickx avait d’abord Ă©tĂ© engagĂ© sur la #3, abandonnĂ©e aprĂšs trois heures, et les pilotes pouvaient encore changer de voiture en course — une pratique ensuite interdite.

Le premier trio « pleinement gagnant » est donc celui qui s’impose en 1983 sur la Porsche 956 officielle, avec Haywood, Al Holbert et Vern Schuppan. L’édition 1984 est la derniĂšre remportĂ©e par un duo : Klaus Ludwig et Henri Pescarolo sur la Porsche 956 #7 de Joest Racing.

La tentative volontaire la plus rĂ©cente avec seulement deux pilotes remonte Ă  1997, quand Fabien Giroix et Jean-Denis DelĂ©traz ne parviennent pas Ă  qualifier leur Lotus Elise GT1. Plus rĂ©cemment, en 2009, Charles Zwolsman et AndrĂ© Lotterer ont Ă©tĂ© contraints de courir sans Narain Karthikeyan, blessĂ© Ă  l’épaule en escaladant le mur des stands quelques minutes avant le dĂ©part, aprĂšs un aller-retour de derniĂšre minute aux toilettes.

À noter : si les circonstances l’exigent, les commissaires peuvent ajuster les temps minimum et maximum de conduite. Un duo a mĂȘme Ă©tĂ© acceptĂ© au Mans il n’y a pas si longtemps : en 2014, aprĂšs un accident d’essais ayant forcĂ© Bret Curtis Ă  se retirer, Cooper MacNeil et Jeroen Bleekemolen ont disputĂ© la course Ă  deux sur la Porsche 911 RSR #79 de Prospeed Competition. La voiture a Ă©tĂ© reclassĂ©e de GTE Am en GTE Pro, car l’équipage ne comptait plus de pilote Bronze.

✅ Conclusion 🏁

En WEC Hypercar, le choix entre deux et trois pilotes sur une course de six heures n’est ni une mode gratuite ni une vĂ©ritĂ© absolue : c’est un Ă©quilibre entre temps de piste, cohĂ©rence de mise au point, gestion physique, contraintes de calendrier et risque opĂ©rationnel. À mesure que la concurrence s’intensifie, ces dĂ©tails peuvent devenir dĂ©cisifs.

Une chose est sĂ»re : avec des saisons de plus en plus denses et des programmes croisĂ©s entre championnats, la maniĂšre d’optimiser un Ă©quipage restera un levier stratĂ©gique majeur — et l’avenir dira si le duo devient la nouvelle norme ou une arme Ă  usage ciblĂ©.

Foire aux Questions

❓ Un Ă©quipage Ă  deux pilotes est-il autorisĂ© en Hypercar sur une course WEC de 6 heures ?

Oui. En Hypercar, la composition est libre tant qu’elle n’inclut pas de pilote Bronze. Sur les courses WEC hors 24 Heures du Mans, un duo est donc autorisĂ©.

❓ Pourquoi certaines Ă©quipes prĂ©fĂšrent-elles deux pilotes plutĂŽt que trois ?

Un duo peut faciliter la mise au point (une opinion de moins, moins de compromis) et offrir davantage de temps de roulage à chaque pilote, notamment pendant des essais libres limités à quatre heures sur un week-end de course de 6 heures.

❓ Quels sont les risques d’un duo en endurance ?

La charge physique peut ĂȘtre plus Ă©levĂ©e, surtout par forte chaleur. Et si l’équipe part Ă  deux, elle a souvent intĂ©rĂȘt Ă  avoir un pilote de rĂ©serve sur place en cas d’imprĂ©vu, ce qui peut augmenter la complexitĂ© et les coĂ»ts.

❓ Comment fonctionnent les pĂ©nalitĂ©s pour limites de piste : par voiture ou par pilote ?

En WEC, elles sont attribuĂ©es au pilote. Chaque pilote reçoit un drive-through aprĂšs sa cinquiĂšme infraction aux limites de piste en course (ou la douziĂšme au Mans), qu’il y ait deux ou trois pilotes sur la voiture.

❓ Peut-on courir les 24 Heures du Mans à deux pilotes aujourd’hui ?

En rĂšgle gĂ©nĂ©rale, Le Mans se dispute avec trois pilotes, avec des temps minimum et maximum Ă  respecter. Toutefois, les commissaires peuvent ajuster ces exigences selon les circonstances, et un duo a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© acceptĂ© dans des cas particuliers, comme en 2014 aprĂšs le forfait d’un pilote Ă  la suite d’un accident d’essais.

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