Le feuilleton autour de la propriété de Monaco Sports Group (MSG) — détenteur de la licence et opérateur de l’équipe de Formula E désormais engagée sous la marque Citroën — est loin d’être clos. Pourtant, cela n’a pas empêché MSG de nommer Beth Paretta au poste de directrice générale, dans un contexte déjà tendu dans le paddock.

Nouveaux rebondissements dans la saga d’une équipe en suspens

Une nomination qui fait débat dans le paddock

MSG, licence historique de l’équipe autrefois associée à Maserati et aujourd’hui alignée sous Citroën, a acté l’arrivée de Beth Paretta comme nouvelle directrice générale après l’échec d’un projet de reprise porté par une structure ad hoc (« Special Purpose Vehicle », SPV) liée à Liberty Global.

Cette nomination est jugée sensible dans le paddock de la Formula E en raison du poste occupé précédemment par Paretta. Sa prise de fonctions aurait été confirmée en interne au sein de l’équipe Citroën seulement plusieurs heures après son arrivée à Tempelhof (Berlin), le vendredi précédent à l’heure du déjeuner.

Jusqu’alors, Paretta était vice-présidente en charge du sportif au sein de Formula E Operations (FEO), l’entité promotrice et co-organisatrice du championnat. FEO est elle-même détenue par Liberty Global, actionnaire majoritaire à 65%.

Arrivée à ce poste en 2024, Paretta est supposée avoir cessé ses responsabilités « sportives » en décembre 2025. Il est toutefois indiqué qu’elle était encore employée par FEO jusqu’au jeudi précédent. Selon FEO, elle ne travaillait plus sur des projets sportifs depuis la fin 2025, période durant laquelle elle aurait commencé à transmettre ses dossiers.

Cette transition a alimenté une certaine confusion à Berlin, car Paretta avait assisté au ePrix de Madrid en mars en tenue Formula E Operations. L’explication avancée est qu’il s’agissait d’une période de passation vers sa successeure, Cara Pelchen, appelée à travailler étroitement avec James Rossiter. Ce dernier, ancien directeur d’équipe chez MSG, occupe désormais une fonction de conseiller sportif chez FEO sur le futur projet Gen4.

Le groupement des équipes de Formula E (FETAMA) aurait été informé du départ de Paretta vers MSG le 22 avril, lors du lancement Gen4 au Paul Ricard.

MSG : une propriété toujours en suspens

L’arrière-plan de MSG et de sa tentative de vente désormais abandonnée est complexe.

MSG a été fondée en 2021 par Jose Aznar et Scott Swid. L’entité est issue de l’équipe Venturi, engagée en Formula E de 2014 à 2022 et basée à Monaco.

Gen3 : alliance avec Stellantis, saison heurtée et difficulté à attirer des partenaires

Pour le début de l’ère Gen3 en 2023, l’équipe a noué une alliance avec Stellantis via la marque Maserati. La campagne a été particulièrement difficile, marquée par d’importants dégâts dus à des accidents destructeurs, notamment au Cap, à Diriyah et à Rome.

Mais au-delà de la piste, la structure commerciale de l’équipe a aussi pesé : l’accord initial donnant une visibilité exclusive à Maserati sur la voiture rendait l’arrivée d’autres partenaires significatifs plus compliquée. Cet ensemble de facteurs a contribué au retrait d’Aznar et Swid à la fin de 2024, tandis qu’un repreneur potentiel devait prendre la suite.

Le plan a finalement échoué en mars 2025, notamment en raison de l’absence de livraison des engagements financiers initiaux par l’acheteur pressenti, Brooklyn Earick. Celui-ci a refait surface médiatiquement en septembre suivant via une tentative atypique de rachat du club de football Tottenham Hotspur, une démarche qui a été « rejetée sans équivoque » par le club de Premier League.

Conformément à l’accord commercial signé par les participants, la licence de l’équipe MSG est revenue à Formula E Operations, afin d’assurer la continuité de l’écurie.

Le projet lié à Liberty Global : pourquoi le plan s’est éteint

Plus tôt cette année, il est apparu qu’une nouvelle branche de Liberty, baptisée Liberty Global Motorsports Ltd, était programmée pour reprendre l’entité MSG et redevenir détentrice de la licence de la structure Citroën. Cette place sur la grille était dans les mains de Formula E Operations depuis la fin de 2024.

Mais le projet a changé le mois dernier, en partie sous l’effet d’un lobbying intense, d’un climat délétère et de pressions de la part d’équipes et de constructeurs, qui y voyaient un conflit d’intérêts manifeste.

Un accord pluriannuel avec Stellantis — propriétaire de la marque Citroën — visant à prendre une participation et à renforcer commercialement l’engagement MSG avait été envisagé et développé, avant de finir par s’essouffler le mois dernier.

Le montage prévu via une SPV et l’idée d’une dilution future

Les détails publics de cette reprise envisagée étaient limités, mais certains éléments clés ont émergé : Liberty Global devait acheter la licence via une SPV afin d’acquérir l’équipe et de l’intégrer au portefeuille d’actifs de croissance « non essentiels » de Liberty Global. L’un des objectifs supposés était de permettre à d’autres investisseurs d’entrer ultérieurement au capital et de diluer la part de Liberty.

Ce que le championnat cherchait à éviter : du « bruit » avant un nouveau cycle

À Berlin, le PDG de la Formula E, Jeff Dodds, a décrit la situation comme Liberty « essayant de faire ce qui est juste pour le championnat » et ayant été initialement « intéressé à investir ».

Au sujet des inquiétudes relatives aux conflits d’intérêts, Dodds a résumé ainsi :

« Il y avait beaucoup de bruit dans le système à ce sujet, et je le comprends, parce que certains se demandaient : ‘est-ce que cela crée des conflits d’intérêts ?’ Je pense qu’au final, la dernière chose qu’ils [Liberty] voulaient, à un moment où nous sommes sur le point de lancer une toute nouvelle voiture et où l’on a le sentiment d’être au bord d’une grande accélération, c’est de créer du bruit — du bruit négatif — dans le système. Donc, même s’il y a eu des discussions, ça n’arrivera pas. »

À propos de l’arrivée de Paretta chez MSG, Dodds a également indiqué qu’elle « n’a certainement pas vraiment travaillé sur quoi que ce soit pour nous [FEO] depuis la fin de l’année dernière ».

Liberty aurait, à l’origine, insisté auprès des équipes et constructeurs rivaux sur le fait qu’il n’y aurait pas eu d’influence directe sur la gestion technique ou opérationnelle de l’équipe Citroën, laquelle devait — et doit toujours — être assurée par Stellantis Motorsport en collaboration avec la marque Citroën.

En revanche, l’objectif central devient désormais commercial : dépenses marketing, promotion de l’équipe et recherche de partenaires supplémentaires. Un terrain sur lequel Paretta s’active immédiatement via son nouveau rôle.

Dette, factures et valeur des franchises : les enjeux en coulisses

La SPV imaginée pour le MSG « nouvelle formule » était perçue comme un actif de croissance pour le championnat 100% électrique. Parmi les bénéfices attendus côté Formula E figuraient le retrait de FEO de toute implication liée à la propriété et au paiement des factures, lesquelles s’ajoutaient à la dette significative de MSG sur la période 2022-2026.

En interne, ce mouvement était vu comme une bonne nouvelle : il devait, selon cette logique, protéger et renforcer la valeur des autres franchises d’équipes.

Il est également indiqué que, comme condition du plan initial (désormais abandonné), des réinvestissements dans la croissance du championnat auraient été prévus pour l’ensemble des équipes, par exemple via de nouveaux lieux au calendrier et des investissements marketing.

Monaco, Satory et Londres : une organisation finalement réajustée

La base actuelle de MSG à Monaco devait être décommissionnée à la fin de la saison en cours, avec un transfert d’une partie du personnel vers le site de Stellantis Motorsport à Satory (au sud de Paris). Une antenne commerciale de Liberty Global Motorsports Ltd devait également voir le jour à Londres, et devait être pilotée par Paretta.

Mais Paretta a expliqué que l’option Monaco restait d’actualité pour l’instant :

« Nous allons garder le bureau à Monaco pour l’instant, parce qu’un nouvel acheteur pourrait apprécier une présence à Monaco. »

« Avec la décision de Liberty Global, l’idée était que nous n’en avions pas besoin, parce que le bureau commercial aurait été à Londres et nous n’aurions pas eu besoin de Monaco. »

« Je serai en allers-retours entre ces deux endroits [Monaco et la base de Citroën à Satory, Paris]. »

Le rôle de Beth Paretta chez MSG aux côtés de Cyril Blais

Nouveaux rebondissements dans la saga d’une équipe en suspens

En tant que directrice générale de MSG, Paretta travaillera aux côtés de l’actuel directeur d’équipe Citroën, Cyril Blais. Blais a rejoint la structure en 2022 après un passage chez Mahindra, où il était ingénieur auprès d’Alex Lynn — pilote auteur de la victoire la plus récente de l’équipe en juillet 2021.

Blais a pris la suite de James Rossiter en septembre 2023, après le départ abrupt de l’ancien pilote d’essais de Formule 1 et vainqueur en Super Formula. Blais a ensuite contribué à maintenir l’équipe à flot durant l’année 2024, particulièrement chaotique, lorsque l’écurie s’est retrouvée sans cap clair sur le plan de la propriété et que sa licence est revenue à FEO.

Paretta décrit sa mission comme un redémarrage commercial et opérationnel après une longue période d’inertie :

« La réalité, c’est que l’équipe, depuis au moins 14 mois et peut-être même plus, n’a pas été orientée commercialement et il n’y a pas vraiment eu quelqu’un dans ce rôle. »

« Ça a stagné, et ça n’a pas pu grandir, faire entrer de nouveaux partenaires et sponsors, mais aussi simplement consolider l’entreprise, améliorer les opérations, regarder les coûts et toutes les choses du quotidien qui permettent d’exploiter une entreprise viable. »

« Comme c’est presque resté figé dans le temps, c’est dans le même état qu’il y a 14 mois — donc si c’est à nouveau à vendre, l’idée est : consolidons-le, faisons-en une entreprise saine, vivante, parce que c’est ce qui va attirer plus de monde. »

Elle supervisera également le transfert d’une partie du personnel de Monaco vers Satory, dans le cadre du partenariat technique avec Citroën prévu pour la saison prochaine :

« En allant vers la saison prochaine, il y a ce partenariat technique avec Citroën et nous devons physiquement déplacer une partie du personnel technique en France, et nous sommes en retard. »

« Nous sommes à un moment critique : pour y arriver, il faut créer une filiale française où ces personnes seront rattachées. Tout cela… le temps presse pour que ce soit fait. »

Conclusion

Entre conflit d’intérêts redouté, plan de reprise abandonné et réorganisation géographique, le dossier MSG reste l’un des plus sensibles de la Formula E actuelle. Avec Beth Paretta à la tête du chantier commercial, l’équipe Citroën vise désormais à se stabiliser, se rendre attractive et préparer la suite, alors que l’horizon Gen4 approche — et que l’avenir d’une structure se construit souvent autant dans les bureaux que sur la piste.

Foire aux Questions

Qu’est-ce que Monaco Sports Group (MSG) en Formula E ?

MSG est l’entité liée à l’équipe historiquement issue de Venturi (base à Monaco), engagée en Formula E et détentrice de la licence d’exploitation. Cette structure a ensuite été associée à Maserati au début de l’ère Gen3, avant de courir sous la marque Citroën.

Pourquoi parle-t-on de conflit d’intérêts avec Liberty Global ?

Liberty Global est l’actionnaire majoritaire (65%) de Formula E Operations, l’organisation promotrice du championnat. L’idée qu’une entité liée à Liberty puisse aussi détenir une équipe a suscité des inquiétudes de la part d’autres équipes et constructeurs, qui y voyaient un risque de conflit d’intérêts.

Qu’est-ce qu’une SPV (« Special Purpose Vehicle ») dans un rachat ?

Dans ce dossier, une SPV désigne une société créée spécifiquement pour porter une opération d’acquisition. Le plan évoqué consistait à faire acheter la licence et l’équipe via cette structure, avec l’idée qu’à l’avenir d’autres investisseurs puissent entrer au capital.

Quel sera le rôle de Beth Paretta comme directrice générale de MSG ?

Sa mission est présentée comme avant tout commerciale et opérationnelle : relancer la recherche de partenaires et sponsors, consolider l’entreprise, améliorer le fonctionnement quotidien et mieux maîtriser les coûts, afin de rendre l’équipe plus stable et attractive.

Pourquoi déplacer du personnel de Monaco vers Satory (France) ?

Le transfert est lié au partenariat technique avec Citroën et aux activités de Stellantis Motorsport basées à Satory, au sud de Paris. Paretta indique que ce mouvement est urgent et nécessite notamment la création d’une filiale française pour accueillir les équipes concernées.

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