Un test rookies de Formula E n’est pas qu’une formalité. Celui organisé à Jarama l’a rappelé avec force, tant par la densité des sujets abordés que par les enjeux à court et moyen terme.

En six heures de piste, plusieurs équipes ont profité de cette fenêtre rare pour évaluer des profils capables de viser un baquet, préparer l’après-Gen3 et, pour certains, mettre une pression très concrète sur des titulaires en difficulté.

Cinq enseignements tirés d’un important essai rookies de Formula E à Jarama

🧪 Un test rookies qui pèse (vraiment) dans les décisions

Ce dernier test rookies de l’ère Gen3 a été abordé de façons très différentes dans le paddock. Certaines équipes l’ont utilisé pour « former » des débutants, mais aussi pour avancer sur des sujets techniques, dans un contexte où les journées d’essais sont comptées et où les constructeurs ont épuisé leurs allocations Gen3.

D’autres programmes ont eu des objectifs plus orientés partenaires, marché ou visibilité territoriale. Mais, globalement, Jarama a surtout servi d’audition grandeur nature, avec des roulages à différentes puissances, et une piste offrant des conditions propices à des chronos très rapides.

⚠️ Nissan sous tension : Victor Martins renforce la pression sur Norman Nato

La situation de Norman Nato continue d’alimenter les discussions. Son 11e place à l’E-Prix de Madrid samedi dernier signifie qu’il n’a inscrit que trois points sur les 12 dernières courses, depuis sa 6e place lors de la première manche de Shanghai en juin dernier.

La pression sur Nato s’est accentuée après plusieurs courses compliquées, marquées par une accumulation d’erreurs côté équipe et côté pilote. Sur le rythme pur, Nato a toutefois montré qu’il pouvait aller vite, parfois même devant son équipier Oliver Rowland, champion en titre. Mais sa série de courses sans points s’étend désormais à quatre épreuves.

Avec une pause de six semaines avant le double-header de Berlin début mai, Nissan va examiner ses options. Parmi elles figurent le pilote de réserve et d’essais Sam Bird, ainsi que Victor Martins, ponctuellement essayeur et aujourd’hui engagé en Championnat du monde d’endurance avec Alpine.

En interne, la présence de Martins à Jarama est vue comme un élément susceptible d’influencer la tentation d’un changement immédiat pour la seconde moitié de saison.

Sportivement, Martins a livré un test solide : 4e meilleur temps absolu en 1m29.888s le dimanche après-midi. Mais c’est surtout sa régularité en roulage 300kW qui a marqué les esprits, Nissan ayant justement utilisé la séance pour comprendre et corriger plusieurs facteurs ayant pesé sur ses résultats récents.

Martins a signé la meilleure référence des pilotes en 300kW sur la journée, en 1m31.881s, à peine devant le meilleur tour du vainqueur de course en F2 Richard Verschoor, lui aussi remarqué chez Lola-Yamaha Abt.

Tomaso Volpe, directeur de l’équipe Nissan, a replacé la situation dans un contexte plus large : « Nous avons eu des courses où nous n’avons marqué aucun point, mais même avec Oliver aussi, et c’est le champion du monde. Parce que Norman avait un précédent la saison dernière, il est facile de le pointer du doigt, mais je pense que globalement l’équipe cette saison ne fait pas un très bon travail, et hier c’était décevant pour tout le monde. »

Interrogé sur un éventuel changement en cours de saison, Volpe a expliqué ne pas pouvoir « donner de réponse définitive » à ce stade. « Nous allons regarder les données et ce qui s’est mal passé après la fenêtre attack mode et PitBoost avec Norman. Je ne suis pas très enclin à changer des choses pendant la saison et je ne nous vois pas le faire, mais nous allons tout évaluer à la base. »

🚀 Andretti impressionné : Freddie Slater coche toutes les cases

Freddie Slater lors du test rookies de Formula E à Jarama

Andretti s’est clairement inscrit dans la logique « formation + évaluation » en alignant le junior Audi de Formule 1 Freddie Slater. D’après l’équipe, son implication et sa qualité d’échanges avec les ingénieurs ont été particulièrement convaincantes.

Roger Griffiths, directeur d’Andretti, a souligné son professionnalisme : « Son approche dès le départ a été extrêmement professionnelle, tout, de la façon dont il s’est préparé avant de monter dans la voiture, son approche, le travail avec ses ingénieurs et en particulier, son retour d’informations. (…) Je suis super content de la façon dont il s’est comporté, il n’a pas fait d’erreur et a eu une très bonne journée d’essais. »

Slater, engagé cette saison en Formule 3 avec Campos, a régulièrement figuré dans le haut des feuilles de temps et a conclu le test avec le 8e chrono.

À noter également chez Andretti : l’apparition tardive de Callum Voisin, appelé pour remplacer Louis Sharp, blessé, dans l’autre voiture Andretti-Porsche. Avec peu de préparation, Voisin est parti à la faute au virage 6 le matin, endommageant l’avant droit, avant de terminer la journée avec le 10e temps.

🧭 Auditions pour la grille à venir : Pourchaire et Güven sous observation

Parmi les profils considérés comme crédibles pour décrocher un volant de course au début de l’ère Gen4 fin 2026, deux noms reviennent particulièrement : Théo Pourchaire et Ayhancan Güven, respectivement avec Citroën et Porsche à Jarama.

Pilote officiel Stellantis, Pourchaire — récemment annoncé comme pilote de développement Mercedes — a de nouveau été performant, cette fois au volant de la Citroën, après avoir roulé auparavant pour l’équipe Maserati MSG que Citroën a remplacée.

Opel (autre marque Stellantis) a annoncé vendredi dernier son arrivée en Formula E via une équipe d’usine dédiée. Pourchaire est présenté comme une option pour rouler aux côtés d’un pilote déjà établi. En parallèle, Nyck de Vries et Mitch Evans figurent parmi les pilotes convoités par Opel, avec une disponibilité contractuelle plus tard cette année.

Sur la piste, Pourchaire a signé le 4e meilleur tour en 300kW lors de la séance du matin, puis a dominé les tours 300kW de l’après-midi en 1m32.194s. Il a précisé avoir effectué sa séance matinale avec des pneus « report » du week-end de course, avant d’utiliser son allocation d’essais dédiée l’après-midi.

Concernant une opportunité en Gen4, Pourchaire a confirmé avoir essayé la voiture de développement du projet et a insisté sur l’importance de Jarama pour démontrer qu’il est prêt à franchir le cap vers un baquet : « C’est très, très puissant. Je l’ai essayé. Il y a aussi la direction assistée, c’est quelque chose auquel il faut s’adapter. Deux packages aérodynamiques différents. Ce sera encore plus difficile, à mon avis. Mais plus proche de la Formule 2, de la Formule 1. (…) Le plus important pour moi est juste de montrer que je suis capable d’aller vite en piste, que je suis capable d’aider l’équipe aussi, et d’améliorer la voiture. »

En interne, il ressort qu’Opel a globalement arrêté son choix sur ses pilotes pour sa première campagne. L’équipe avait auparavant discuté avec plusieurs pilotes du paddock, dont Jake Dennis, champion 2023, qui a depuis prolongé avec Andretti pour au moins la première moitié de l’ère Gen4.

Pour Güven, Jarama représentait une troisième opportunité d’accumuler du kilométrage en Formula E avec Porsche, dans le cadre d’une évaluation en vue d’une intégration potentielle dans la seconde équipe Porsche, en cours de construction à Weissach. Champion DTM en titre, Güven a terminé avec le 9e temps et a résumé l’enjeu d’un éventuel passage à temps plein : « Ce n’était pas super simple de dire : “OK, je viens et je vais performer”, parce que même si tu performes, les résultats ne sont pas garantis. (…) Je fais juste ma meilleure préparation au cas où j’ai une chance d’avoir un baquet à temps plein, pour être sûr d’être prêt. »

⏱️ Des surprises tout en haut : Naël mène, Maini confirme, Bedrin s’affirme

Le meilleur chrono a été signé par un nom inattendu : Théophile Naël, pilote Campos en F3 et vainqueur du Grand Prix de Macao 2025. Il a établi la référence en 1m29.216s lors de la séance du matin, plus fraîche, dans des conditions de piste nettement plus favorables que celles de la veille (E-Prix disputé sur une piste d’abord humide puis séchante). Résultat : des temps d’essais sensiblement plus rapides que ceux observés en course.

Naël (Mahindra) a décrit une prise en main immédiate : « Je me suis senti en confiance dès le premier tour lancé dans la voiture. (…) Regarder les données de Nyck et Edo ce week-end a été assez bon pour moi. J’y suis allé tranquillement, mais ça a payé. (…) J’ai pris beaucoup de plaisir à piloter cette voiture et j’essaie d’aider l’équipe aussi, en essayant différentes choses, donc si je peux les aider pour l’avenir… »

Mahindra a également apprécié l’approche et l’adaptation rapide de Naël, qui découvrait une Formula E pour la toute première fois. Sa performance a été confortée par le pilote d’essais et de développement Kush Maini, 2e en roulage 350kW dimanche matin, à 0,2s du meilleur temps de Naël, et 3e au classement combiné de tout le test.

📋 Les meilleurs chronos du test

1 Théophile Naël (Mahindra) 1m29.216s (am)
2 Nikita Bedrin (DS Penske) 1m29.250s (pm)
3 Kush Maini (Mahindra) 1m29.330s (pm)
4 Victor Martins (Nissan) 1m29.888s (pm)
5 Daniil Kvyat (DS Penske) 1m29,956s (am)
6 Zak O’Sullivan (Envision) 1m30.025s (am)
7 Theo Pourchaire (Citroen) 1m30.175s (am)
8 Freddie Slater (Andretti) 1m30.390s (pm)
9 Ayhancan Guven (Porsche) 1m30.398s (am)
10 Callum Voisin (Andretti) 1m30.526s (pm)

De son côté, Nikita Bedrin a signé le meilleur temps en 350kW de la séance de l’après-midi, pour ce qui constituait son deuxième essai officiel en Formula E avec DS Penske. Le pilote d’origine russe basé au Royaume-Uni, qui court sous nationalité italienne, avait déjà roulé lors du test de Berlin 2025 et avait aussi pris part à la séance d’essais libres supplémentaire à Miami plus tôt cette année.

Bedrin a bénéficié d’un important travail en simulateur avec l’équipe sur sa base au Royaume-Uni, et DS Penske a choisi de lui redonner du temps de piste. Phil Charles, directeur adjoint, a salué sa progression : il « s’en est très bien sorti » après avoir « accumulé les kilomètres dans la salle d’opérations [à distance] », estimant que sa prestation « témoigne du travail de fond qu’il a fourni ».

Charles a aussi insisté sur le profil du pilote : « C’est un grand jeune talent et nous avons aimé le voir progresser chaque jour. (…) Il n’est pas de ceux qui ont été “nés” avec beaucoup d’options commerciales personnelles, et cela a été un plaisir de lui donner du temps de simulateur pour accélérer son développement. »

Le tour de Bedrin en 1m29.250s n’était qu’à 0,034s de la meilleure marque absolue de Naël.

👩‍🚀 Pulling se distingue dans le quatuor féminin

Abbi Pulling en action lors du test rookies de Formula E à Jarama

Quatre pilotes féminines ont participé au test : Abbi Pulling (Nissan) et Bianca Bustamante (Cupra Kiro), rejointes par Ella Lloyd (Envision) et Juju Noda (Jaguar).

Pulling a été la plus rapide du groupe, avec un meilleur tour en 1m30.708s, lui permettant de terminer 11e. Une marque plus rapide que celles réalisées par plusieurs pilotes notables, dont le vainqueur de course en F2 Joshua Durksen et Richard Verschoor, entre autres, dans ce qui constitue jusqu’ici sa meilleure prestation en Formula E.

Pulling a également expliqué qu’elle roulait diminuée lors du test de Valence en novembre dernier, et s’être sentie nettement plus forte dimanche : « Je suis montée dans la voiture et je m’y suis sentie comme à la maison, et on est directement passé sur des choses de simulation de course. (…) De la première fois que j’ai roulé ici à aujourd’hui, j’ai l’impression d’être une pilote différente. La confiance, je connais bien mieux l’équipe maintenant, et je suis beaucoup plus forte. »

🔮 Conclusion

Jarama a confirmé qu’un test rookies peut déclencher bien plus que des lignes de chronos : il peut accélérer une promotion, prolonger une évaluation, ou mettre une pression immédiate sur un titulaire. Entre l’impact potentiel de Martins chez Nissan, la maturité affichée par Slater, et les auditions Gen4 qui s’intensifient autour de Pourchaire et Güven, la prochaine vague de la Formula E se dessine déjà.

Et si ces six heures d’essais ne décident pas tout, elles rappellent une chose : dans une discipline en pleine transition, chaque tour peut ouvrir une porte vers l’avenir.

Foire aux Questions

❓ À quoi sert un test rookies en Formula E ?

Il permet aux équipes d’évaluer des pilotes peu ou pas expérimentés en Formula E, tout en avançant sur des sujets techniques et de mise au point dans un contexte où les journées d’essais sont limitées.

❓ Que signifient les roulages en 300kW et 350kW ?

Ce sont des niveaux de puissance utilisés pendant l’essai. À Jarama, certains classements et comparaisons ont notamment été commentés en 300kW (régularité, constance) et en 350kW (performance pure), selon les programmes des équipes.

❓ Pourquoi les chronos du test étaient-ils plus rapides que ceux de l’E-Prix ?

La veille, l’E-Prix s’est déroulé sur une piste principalement humide puis séchante. Le test s’est tenu dans des conditions plus favorables, notamment le matin, ce qui a permis de rouler nettement plus vite.

❓ Qu’est-ce que l’Attack Mode et le PitBoost mentionnés chez Nissan ?

Ce sont des phases/« fenêtres » de course qui influencent la stratégie et la performance en piste. Nissan a indiqué vouloir analyser les données concernant ce qui s’est mal passé après ces fenêtres lors de la course récente à Madrid.

❓ Qu’est-ce que la transition Gen3 → Gen4 change pour les pilotes évalués ?

Elle rebat les cartes pour les baquets à partir de fin 2026. Théo Pourchaire a notamment évoqué une voiture Gen4 très puissante, avec direction assistée et deux packages aérodynamiques, demandant une adaptation et une capacité à aider l’équipe au développement.

À l’image de ces auditions, cap sur vos envies : et si votre baquet, c’était une Audi R8 en LOA ? Souple et sécurisée, Joinsteer simplifie le leasing, avec garanties et achat à distance pour concrétiser le rêve automobile.

Joinsteer, votre marketplace automobile

Joinsteer scanne toute l’Europe pour trouver LE véhicule de vos rêves et vous le délivrer dans les meilleures conditions.
Visiter la marketplace