Jaguar contre Porsche : qui a les meilleures cartes pour le titre Formula E avant Tokyo et Londres ?

Un duel Jaguar contre Porsche sur les trois tableaux — pilotes, constructeurs et équipes — paraissait, sinon inévitable, au moins très probable avant même la première course de la saison 2025-26 de Formula E, disputée en décembre dernier.
Même si Nick Cassidy, Oliver Rowland, Nyck de Vries et Lucas di Grassi ont chacun aussi gagné, ce sont les pilotes Jaguar et Porsche Mitch Evans, Antonio Felix da Costa, Pascal Wehrlein et Jake Dennis (chez Andretti Porsche) qui ont signé des doublés. Avec en plus la victoire de Nico Mueller à Berlin pour Porsche, cela signifie que les deux poids lourds ont remporté 62% des trophées de vainqueur.
Parmi les quatre vainqueurs qui ne sont ni Jaguar ni Porsche, un seul semble encore représenter un dernier espoir crédible d’intrusion de dernière minute, susceptible d’imposer un cinquième prétendant à l’approche de Londres ExCeL le mois prochain : le champion en titre Oliver Rowland. Mais la saison en dents de scie du pilote Nissan dit beaucoup : à l’instant T, il ressemble davantage à un outsider. Un outsider dangereux, certes, mais un outsider quand même.
Classement actuel
1 Wehrlein 141
2 Evans 132
3 Rowland 114
4 Da Costa 111
5 Dennis 109
En se concentrant sur une lutte Evans vs Wehrlein vs da Costa vs Dennis, qui possède — façon « Top Trumps » — les meilleures cartes avant les quatre dernières courses à Tokyo puis Londres ?
Les pilotes
Pascal Wehrlein – 9/10
Wehrlein réalise une nouvelle saison très solide avec Porsche, qu’il a le plus souvent maximisée malgré les aléas inévitables des courses en peloton de l’ère Gen3.
Sa vitesse sur un tour a souvent été exceptionnelle, et sa lecture des courses — avec un nouvel ingénieur cette saison, l’expérimenté Robert Sattler — s’est révélée appliquée, ce qui lui a valu de gros points et la tête du championnat.
Si ses victoires à Djeddah et Shanghai ont été totalement maîtrisées, c’est peut-être sa capacité à aller chercher des points « au métier » qui pourrait lui permettre de rejoindre Jean-Eric Vergne au rang des doubles champions, à la mi-août.
Un exemple marquant : à Jarama en mars, il a subtilisé la victoire à Dan Ticktum au dernier freinage (la dernière chicane), transformant 12 points en 15. Une journée où la réussite n’a pas toujours été de son côté, puisqu’une attaque précoce de Nyck de Vries a laissé la carrosserie arrière de la Porsche 99X Electric dangereusement arrachée.
Wehrlein présente très peu de faiblesses. Lui et Porsche n’aimeront pas forcément l’étiquette, mais avec neuf points d’avance, il est le favori à ce stade et sera difficile à battre.
Mitch Evans – 9/10
Si Evans ne gagne pas un titre avec Jaguar, cela ressemblera à une anomalie. Quelque chose d’étrangement « écrit » contre lui, difficile à expliquer.
Le dernier tour de roue d’Evans en Gen3 sera aussi le dernier avec Jaguar, avant son départ vers le nouveau projet Opel. L’échéance promet d’être chargée en émotions après une décennie avec le « Big Cat ». Si ces émotions se terminent au champagne des champions et aux formules de vainqueur, une partie des déceptions passées pourrait enfin s’atténuer.
Cette saison, après un départ difficile — sortie dans les barrières lors de la première course, puis deuxième course ruinée par des soucis techniques et l’échec à activer les boîtes d’attack mode à Mexico — Evans ne semblait pas d’emblée en mesure de jouer le titre.
À ce moment-là, et même probablement bien avant, il savait au fond qu’il lui fallait un nouveau défi — et Jaguar aussi, peut-être.
Mais il ne faut jamais sous-estimer Mitch Evans, ni l’écarter. Quand il est au plus bas, il n’est pas hors jeu : il est souvent le plus dangereux. Comme ce silence juste avant que le Haka ne commence.
Evans a souvent été mécontent de sa vitesse sur un tour cette saison, et la fiabilité a également fait défaut. Mais savoir qu’il partira vers de nouveaux horizons pour la Gen4 l’a, dans une certaine mesure, libéré au volant.
Et cela pourrait s’amplifier sur les quatre dernières courses : si cet état d’esprit devient un moteur supplémentaire, Evans pourrait quitter Jaguar de la meilleure des façons et exorciser les fantômes de 2021, 2022 et 2024, quand le titre lui a échappé à cause de choix techniques et stratégiques mal orientés.
Antonio Felix da Costa – 8/10
Da Costa obtient une note légèrement inférieure. Pas à cause de son niveau, ni de sa vitesse — au contraire — mais à cause du retard au classement, et du sentiment que la saison est peut-être un peu trop tôt pour qu’il devienne le tout premier champion Formula E de Jaguar.
Il a agréablement surpris — lui-même comme l’équipe — par le rythme et les progrès affichés en course dès le début de saison. Son ressenti du freinage de la Jaguar Gen3 Evo a demandé une période d’adaptation, mais dès la manche 4 à Djeddah tout était en place : il y a signé sa première victoire, puis une seconde quelques semaines plus tard à Jarama.
Mais des incidents coûteux à Berlin (via Mueller) et à Monaco (via Ticktum) — deux épisodes qui l’ont fortement agacé — l’ont mis en difficulté au points, et ces unités perdues pourraient peser lourd.
Il y a aussi eu Sanya, où il aurait dû monter sur le podium mais en a été privé par une pénalité jugée controversée et sévère après un contact avec son grand ami Norman Nato. C’est typiquement le genre d’événements sur lesquels les campagnes pour le titre se brisent.
Malgré tout, da Costa donne encore l’impression d’un pilote qui cherche son plein épanouissement chez Jaguar. Il faut néanmoins souligner qu’il semble nettement plus heureux là-bas qu’il ne l’était chez Porsche. Ce détail pourrait compter, mais probablement sur la durée : un deuxième titre pour da Costa pourrait devoir attendre la période Gen4.
Équipes et voitures
Porsche – 9/10
En termes de constance, Porsche a connu un court passage à vide entre Monaco et Sanya, surtout provoqué par les pilotes : Mueller à Monaco, Wehrlein à Sanya.
La réaction à Shanghai a été très forte, avec Wehrlein et Mueller totalisant 47 points, dont 40 pour Wehrlein. Une réplique cinglante d’une structure qui vise un triplé de titres cette saison. En plus de mener le classement pilotes avec Wehrlein, Porsche compte 50 points d’avance sur Jaguar au championnat constructeurs, et son équipe officielle se situe à six points seulement de la tête au classement équipes, menée par Jaguar.
Porsche s’appuie sur une direction, un encadrement sportif et une force technique et mécanique solides. Florian Modlinger dirige l’ensemble, mais James Lindesay — team manager et moteur organisationnel très compétitif — pousse fortement la structure, tout comme Oliver Champenois, responsable technique du projet, au profil plus discret.
Un changement d’ingénieur clé a eu lieu : Robert Sattler a remplacé Fabrice Roussel (parti chez Alpine) aux côtés de Wehrlein au début de la saison. La transition a été sans accroc.
Porsche dispose de capacités techniques de premier plan, à l’image de Jaguar. L’équipe gère le plafond budgétaire, comme Jaguar, mais d’une manière très différente, en raison des particularités de l’organisation de chaque constructeur.
La différence majeure cette saison — comme la précédente — est que Porsche aligne deux voitures de plus sur la grille que son rival. Cupra Kiro a été un ajout utile, notamment pour la chasse au titre constructeurs, où Kiro apparaît plus « malléable » qu’Andretti, lequel doit basculer chez Nissan dès la saison prochaine.
Jaguar TCS Racing – 9/10
Jaguar forme un ensemble très resserré et très structuré, qui a prouvé maintes fois sa capacité à rebondir. Il suffit de se rappeler le début de saison : après la manche 2 à Mexico, l’équipe n’avait inscrit aucun point.
Sur le plan organisationnel et opérationnel, Jaguar peut compter sur deux références : Gary Ekerold (directeur de course) et Garth Harrdine (chef mécanicien). Le jour de course, il faut se lever très tôt pour prendre l’avantage sur ce duo.
Le nouveau patron Ian James semble avoir contribué à maintenir une certaine continuité après une période délicate : départ de l’ancien responsable James Barclay, arrivée de Theo Gouzin comme directeur technique, et intégration de da Costa à mener efficacement.
Dans l’ensemble, il y a très peu à choisir entre Porsche et Jaguar. Les deux disposent de ressources solides et les utilisent très bien. Tout se jouera désormais sur des détails et de minuscules gains compétitifs.
Andretti – 8/10
Andretti a été irrégulier en Gen3. Par moments brillant, mais souvent juste en dessous du niveau nécessaire pour défier Porsche, Jaguar et Nissan sur toute une saison.
L’équipe est sans doute plus légère en ressources, et Dennis comme les dirigeants d’Andretti penseront probablement qu’ils devraient avoir davantage à montrer au regard des efforts consentis.
La saison a néanmoins apporté deux victoires et deux pole positions : un bilan très solide pour une structure cliente, d’autant plus qu’elle entretient une relation complexe avec Porsche, son fournisseur sur le départ.
Ce contexte peut-il déboucher sur une finale agitée et tendue à Londres ? C’est possible. Mais tout dépendra, de façon réaliste, de la capacité de Dennis à rester à moins de 20 points de Wehrlein en arrivant sur l’épreuve à domicile le mois prochain.
Forme sur le circuit : Tokyo et la route vers Londres
Jaguar 3/10
Porsche 6/10
Andretti 6/10
Ni Jaguar ni Porsche n’a encore gagné à Tokyo. Leur meilleur résultat sur place reste la deuxième place de Wehrlein la saison dernière.
Evans, en particulier, a vécu deux week-ends très compliqués dans la capitale japonaise. En 2024, il a percuté de façon imprudente l’Envision de Robin Frijns. Puis en 2025, un nouvel accident en qualifications a contraint son équipe à le retirer de la course.
Da Costa s’en est mieux sorti, mais c’était alors avec Porsche : une combative quatrième place en 2024, puis une septième place en mai dernier.
Wehrlein a été régulier au Big Sight, avec une cinquième place solide en 2024 et une deuxième place très offensive derrière Rowland la saison dernière.
Il est donc clair que, historiquement, la Porsche 99X Electric fonctionne mieux au Big Sight que la Jaguar. La raison reste difficile à expliquer, d’autant que la Jaguar a été performante sur d’autres tracés sinueux comme Sao Paulo, Londres et Sanya.
Andretti, de son côté, a alterné le bon et le moins bon à Tokyo, mais a généralement été rapide. En 2024, Dennis a arraché un podium à da Costa, de manière abrupte mais défendable. La saison dernière, il aurait pu viser un nouveau podium sans une disqualification sévère — et, selon certains, discutable — pour être entré dans la voie des stands alors qu’elle était fermée (mais indiquée ouverte par l’écran de chronométrage).
La conclusion est simple : si l’on se fie au passé, Jaguar a le plus à prouver ce week-end. Porsche semble s’être ressaisi après les difficultés de Monaco et Sanya. Quant à Andretti, avec un équipier désormais réellement compétitif aux côtés de Dennis — Felipe Drugovich — l’équipe pourrait semer un peu de chaos et se rapprocher d’une improbable tentative d’outsider en vue de Londres ExCeL.
Conclusion
À l’approche de Tokyo puis de Londres, les chiffres comme la dynamique racontent la même histoire : Porsche et Jaguar dominent la saison, mais de manières différentes — et avec des points forts qui ne s’expriment pas pareil selon les circuits, la gestion de course et les détails d’exécution.
Entre un Wehrlein en position de force, un Evans capable de se transcender au moment clé, un da Costa à la recherche de la campagne parfaite, et un Dennis qui doit rester au contact, la fin de saison s’annonce comme un test grandeur nature du sang-froid et de la précision. Et c’est souvent dans ces moments-là que naissent les champions.
Foire aux Questions
Pourquoi parle-t-on d’un duel Jaguar vs Porsche en 2025-26 ?
Parce que leurs pilotes ont remporté la majorité des courses : avec des doublés pour Evans, da Costa, Wehrlein et Dennis (sur Porsche chez Andretti), et une victoire de Mueller à Berlin pour Porsche, ces deux constructeurs totalisent 62% des victoires de la saison.
Qu’est-ce qui rend Pascal Wehrlein si difficile à battre cette saison ?
Sa vitesse sur un tour a été très élevée, sa lecture des courses est solide, et il a su convertir des opportunités en points supplémentaires (comme à Jarama). Il mène aussi le championnat avec neuf points d’avance.
Pourquoi Mitch Evans reste-t-il un candidat très sérieux malgré un début de saison compliqué ?
Il a connu des incidents et des soucis techniques en début d’année, ainsi que des difficultés de performance sur un tour. Mais il est réputé dangereux quand il doit réagir, et le fait qu’il quitte Jaguar pour le projet Opel à l’issue de la Gen3 pourrait aussi agir comme un déclencheur mental pour la fin de saison.
Pourquoi Tokyo est-il perçu comme un point faible historique pour Jaguar ?
Ni Jaguar ni Porsche n’y a gagné, mais les résultats récents y ont été particulièrement difficiles pour Evans (accrochage en 2024, accident en qualifications en 2025 menant au retrait). À l’inverse, la Porsche 99X Electric y a souvent montré une meilleure forme, avec notamment une deuxième place pour Wehrlein la saison dernière.
Que doit faire Jake Dennis pour rester dans la course au titre ?
L’enjeu réaliste évoqué est de rester à moins de 20 points de Wehrlein avant l’épreuve de Londres, sa course à domicile. Cela suppose de marquer gros à Tokyo et d’éviter tout incident coûteux.
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