Plus de sept ans après sa première (et jusqu’ici unique) visite sur l’île chinoise de Hainan, la Formule E retrouve enfin Sanya. Ce retour, longtemps repoussé, s’inscrit dans la volonté du championnat de consolider sa présence en Asie, sur un territoire au développement accéléré et à l’importance stratégique croissante.

Ce qui est en jeu alors que la Formule E revient enfin sur un site perdu à cause du COVID

Pourquoi Sanya redevient un rendez-vous majeur

Sanya fait sa deuxième apparition au calendrier ce samedi, avec l’attente d’une présence durable pour plusieurs saisons. Le contexte local joue un rôle clé : d’importants investissements visent à transformer la zone en ce que les agences locales veulent faire devenir le plus grand port de libre-échange du monde, un statut visé à l’horizon 2035.

Le rendez-vous de 2019 devait être le premier d’une série de courses à Sanya. Mais la pandémie de COVID en 2020 a stoppé ces plans net. Le retour sur l’île n’a été entériné que début 2025, après finalisation d’un nouvel accord.

Un enjeu industriel : attirer enfin un grand constructeur chinois

La présence de la Formule E à Sanya répond clairement à un impératif financier, mais l’enjeu est aussi politique et industriel : convaincre un constructeur chinois de premier plan d’entrer dans le championnat.

Dans la continuité de ce qui s’est fait récemment à Shanghai, plusieurs constructeurs sont invités à observer de près la tournée asiatique, étalée sur cinq semaines et passant par Sanya, Shanghai et Tokyo. Les deux premières manches doivent notamment accueillir un nombre important de marques venues évaluer la Formule E.

Reste une question centrale : quel constructeur, s’il y en a un, la Formule E parviendra-t-elle à séduire, alors que BYD — le plus connu et le plus important — semble se préparer à un projet futur en Formule 1 ?

Le directeur général de la Formule E, Jeff Dodds, résume l’état d’esprit des industriels chinois : « Je parle aux constructeurs chinois, et ils sont très déterminés : s’ils viennent dans le championnat, ils veulent être compétitifs immédiatement et gagner tout de suite, parce qu’ils représentent une force dominante dans la fabrication de véhicules électriques. Ils veulent pouvoir transférer cela de la route à la piste. Et pour ceux d’entre nous qui ont connu le sport auto depuis longtemps, on sait que parfois, il faut du temps avant de voir des résultats en piste : il faut construire ses compétences et sa compréhension. »

Selon lui, les discussions sont en cours, et il se dit « très optimiste » quant à l’arrivée d’un constructeur chinois « à court terme ».

Il précise toutefois un horizon plus réaliste : « Le prochain point d’entrée logique dans le championnat se situe à partir du milieu de la Gen4. Donc, si on suppose qu’il y aura une forme de Gen4 Evo, ce serait le prochain point d’entrée logique pour qu’un constructeur arrive en tant que constructeur à part entière, et pas seulement comme partenaire d’une équipe. »

Le circuit de Sanya en 2026 : un tracé “rafraîchi” et des détails qui comptent

La série se présente sur une version réactualisée du circuit de Sanya qui avait accueilli la course de mars 2019, remportée par Jean-Éric Vergne (DS Techeetah). Le dessin reste globalement similaire, mais plusieurs éléments ont été subtilement modifiés.

Le circuit mesure désormais 2,48 km (1,54 mile), contre 2,23 km lors de l’épreuve 2019, disputée lors de la première saison de la Gen2.

Plan du circuit de Sanya pour le retour de la Formule E

37 tours, et une procédure rare avec “zero lap”

La course se disputera sur 37 tours, plutôt que les 36 tours de l’événement inaugural (format 60 minutes + 1 tour). Elle comptera aussi l’une des rares configurations avec un « zero lap » : un décalage entre une grille fictive (située vers le virage 4 / virage 5) et la ligne de départ-arrivée — placée au même endroit qu’en 2019 — impose un format de pré-départ différent.

Les pilotes devront parcourir ce « zero lap » à 50 km/h avant le départ arrêté. Particularité supplémentaire : ce départ arrêté aura lieu sur la grille située entre les virages 10 et 11. La distance entre la grille de départ et la ligne d’arrivée est de 535 mètres, comparable à celle de 2019.

Les changements clés du tracé

Les principales évolutions concernent l’enchaînement des trois premiers virages, tous à gauche. La version 2026 propose un virage 1 beaucoup plus ouvert, suivi d’un gauche à double corde. L’ancien virage 2 devient ainsi une paire de virages à gauche, dont le second s’ouvre vers la courte ligne droite menant au virage 4 (qui correspond à l’ancien virage 3).

Autre zone importante : l’ancien secteur du virage 10. Auparavant un droite de vitesse moyenne, il semble désormais offrir davantage de fluidité, ce qui devrait le rendre nettement plus rapide.

Enfin, le dernier gauche en fin de tour (ancien virage 11, désormais virage 12) ressemble à un angle à 90 degrés plus propre et plus fluide, qui paraît supprimer la barrière de sortie saillante située à l’extérieur du virage.

Énergie, régénération, pneus et météo : les paramètres à surveiller

La course se déroulera avec l’allocation habituelle de 38,5 kWh d’énergie utilisable, et un coefficient de régénération de 0,93. Mais au-delà de ces chiffres, les équipes gardent surtout un œil sur les pneus, les températures ambiantes et de piste, ainsi que sur la menace de pluie.

La nature du circuit devrait favoriser des tactiques d’économie d’énergie « naturelles ». En revanche, les dépassements s’annoncent rares : la position en piste pourrait être déterminante, quelle que soit la présence des deux activations d’Attack Mode (les deux boosts de puissance) dont disposeront les pilotes.

Gary Paffett, manager chez Cupra Kiro, identifie un point chaud : « Le virage 9 sera celui à surveiller. On y a vu beaucoup d’action quand la Formule E est venue la première fois à Sanya, et je serais surpris que les pilotes soient plus polis cette fois-ci. Avec huit virages à gauche, les pneus droits vont être très sollicités. Ajoutez la chaleur et l’humidité attendues, et la gestion des pneus pourrait devenir un facteur beaucoup plus important que ce que les pilotes imaginent. Si les pilotes attaquent trop tôt, ils le paieront. »

Retour sur 2019 : une première édition sous haute tension

Scènes de course lors du premier E-Prix de Sanya en 2019

Le premier E-Prix de Sanya s’était tenu deux semaines seulement après le dernier E-Prix de Hong Kong, dans ce qui constituait alors la tournée asiatique de la Formule E au printemps 2019.

Accident de Buemi et affaire du double moteur Nissan

Les essais avaient été marqués par une scène spectaculaire : Sébastien Buemi s’était crashé de manière étrange au virage 1 avec sa Nissan. Cet accident a lancé une histoire controversée autour du système à double moteur, alors innovant chez Nissan, qui sera ensuite mis au jour puis finalement interdit par la FIA. Il est considéré que cet accident était lié à l’héritage de ce système et qu’il a poussé la FIA à approfondir l’examen de certains éléments de conception.

Pole surprise, attaque décisive de Vergne et drapeau rouge

En qualification, Oliver Rowland avait décroché une pole position surprise avec l’autre Nissan, devant la DS Techeetah de Vergne, la BMW d’Antonio Félix da Costa et l’Audi de Daniel Abt.

En course, Vergne a porté une attaque décisive sur Rowland dans le dernier virage, à 20 minutes de l’arrivée, un dépassement qui s’est révélé déterminant pour la victoire.

La course a ensuite basculé quand André Lotterer, équipier de Vergne, a envoyé Alexander Sims (Andretti BMW) dans le mur, provoquant un drapeau rouge.

Enquête, pénalité, arrivée sous voiture de sécurité et conséquences

Au restart, Vergne a été placé sous enquête pour une infraction sous voiture de sécurité, qui n’a finalement débouché sur aucune suite.

Un autre incident a lourdement pesé : Robin Frijns a été poussé sur Lucas di Grassi par un Buemi en erreur. Frijns et di Grassi ont été contraints à l’abandon, tandis que Buemi a écopé de 10 secondes de pénalité, le faisant reculer de la sixième à la huitième place.

Ces événements ont contribué à une fin d’épreuve sous voiture de sécurité. Vergne a ainsi signé sa première victoire de la saison, remontant à la troisième place du championnat derrière da Costa et Jérôme d’Ambrosio (Mahindra).

Vergne enchaînera ensuite des victoires à Monaco et Berne, et remportera un deuxième titre, devenant le seul pilote de l’histoire de la Formule E à être sacré deux saisons consécutives.

Chez Jaguar, la manche de Sanya a aussi été un tournant : Nelson Piquet Jr, auteur d’une performance très difficile (dernier en qualification puis crash seul en course), a quitté le championnat. Il est indiqué qu’il aurait été informé avant même l’événement qu’il s’agissait de sa dernière course. Il a été remplacé dès l’épreuve suivante à Rome par Alex Lynn.

Conclusion

Entre l’ambition économique locale, le défi de séduire un constructeur chinois et un tracé modifié qui promet une course stratégique, le retour de Sanya dépasse le simple cadre d’une manche de plus au calendrier. Si la Formule E veut grandir en Asie, ce week-end pourrait bien compter davantage qu’un résultat : il peut dessiner la prochaine étape d’une expansion durable, tournée vers l’avenir.

Foire aux Questions

Qu’est-ce que le « zero lap » annoncé à Sanya ?

Le « zero lap » est une phase de pré-départ : les pilotes roulent à 50 km/h depuis une grille fictive (vers les virages 4/5) jusqu’à la ligne de départ-arrivée, avant de prendre le départ arrêté. À Sanya, la grille de départ se situe entre les virages 10 et 11, avec un décalage de 535 mètres jusqu’à la ligne.

Quelle est la longueur du circuit de Sanya et combien de tours sont prévus ?

Le circuit version 2026 mesure 2,48 km. La course est prévue sur 37 tours, contre 36 tours lors de l’épreuve 2019.

Que signifie l’allocation de 38,5 kWh et le coefficient de régénération de 0,93 ?

Les 38,5 kWh correspondent à l’énergie utilisable autorisée pour la course. Le coefficient de régénération de 0,93 fait partie des paramètres encadrant la récupération d’énergie au freinage, un élément central de la stratégie en Formule E.

Pourquoi les dépassements pourraient-ils être difficiles à Sanya ?

Les équipes s’attendent à ce que le circuit favorise l’économie d’énergie, mais que les opportunités de dépassement restent limitées. La position en piste pourrait donc primer, même avec deux activations d’Attack Mode (boosts de puissance) disponibles.

Que s’est-il passé en 2019 avec Nissan lors des essais ?

Sébastien Buemi a crashé sa Nissan de façon inhabituelle au virage 1. Cet épisode a alimenté une controverse autour du système à double moteur de Nissan, qui a ensuite été exposé puis interdit par la FIA, et aurait poussé à des investigations techniques plus poussées.

En écho à Sanya, vivez l’innovation Formule E au quotidien: BMW i8 en LOA, garanties claires et achat à distance via Joinsteer. L’élan de la piste devient un rêve automobile concret.

Joinsteer, votre marketplace automobile

Joinsteer scanne toute l’Europe pour trouver LE véhicule de vos rêves et vous le délivrer dans les meilleures conditions.
Visiter la marketplace